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 Là où les destins se séparent... (Topic Unique)

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Patrice de Mac Mahon
    Républicain, Fier de l'être
    avatar

    Messages : 16
    Date d'inscription : 17/11/2010

    Jardin Secret
    Et cette brèche?: Quelle brèche ? Pfff ! Mensonges !
    Et le coeur?: Possédé par une fille du diable...
    Un secret?: J'ai tenté de noyer mon petit frère autrefois, le pire c'est que j'éprouvais du plaisir à lui maintenir la tête dans l'eau...
MessageSujet: Là où les destins se séparent... (Topic Unique)   Lun 31 Jan - 11:45

Journée pluvieuse sur Paris, qui ne changeait guère des souvenirs que Patrice en avait. Le jeune homme parcourut du regard la ville à mesure que son carrosse en arpentait les rues. Les lampes avaient été allumées à l'extérieur, du moins n'avaient-elles pas été éteintes puisque malgré le fait que le jour se soit levé depuis quatre heures, il faisait toujours aussi sombre. Les passants se hâtaient pour ne pas se mouiller davantage qu'ils ne l'étaient déjà. La capitale avait arboré une mine triste, elle était vide, même les chiens errants préféraient se terrer sur les seuils de porte. Quand le carrossa arriva au Palais de l'Elysée, le diplomate se rendit compte que le luxe de ce palais était un contraste saisissant avec l'état de certains bâtiments et il ne put s'empêcher de penser que la République tombait dans les travers de la Monarchie, en faisant héberger son Président dans un château luxueux alors que la plupart des gens avaient tout juste de quoi s'en sortir. Il fronça les sourcils à cette réflexion personnelle. Comment paraître crédible et se poser en alternative si finalement il ne s'agissait que de reprendre les mêmes choses mais avec des gens différents ? Certes, aujourd'hui le peuple votait, il était libre. Cela dit, il fallait aller jusqu'au bout et réduire à néant cet élitisme. MacMahon éprouva pour la première fois de la déception face à ce qu'il avait sous les yeux. Il se souvint de la Commune, où il avait été fait prisonnier pour forcer la donne. Il avait été bien traité, il avait même pris grand plaisir à discuter avec ses détenteurs, à les entendre parler de la vision qu'ils avaient de la France. Depuis ce jour, où il avait côtoyé autre chose que la richesse et l'environnement de parvenu dans lequel il baignait depuis l'enfance, il ne pouvait ignorer cet élan intérieur, le poussant à remettre en questions les travers et les faux-semblants d'un régime qu'il chérissait plus que tout au monde. Le carrosse s'arrêta et le cocher vint ouvrir la portière. Patrice sortit du véhicule et remercia le brave en lui donnant deux pièces de cinq francs. L'homme parut fort surpris en voyant une telle quantité d'argent. Il bredouilla :

- Monsieur a du se tromper...

- Non, l'ami, il n'y a pas d'erreur. Je n'ai guère besoin de cet argent et pour tout vous dire j'avais une requête à vous demander en plus. Pourriez-vous m'attendre ici pour me ramener à mes appartements personnels ? Je dois vous prévenir que j'en aurais très probablement pour un long moment.

- Bien sûr Monsieur ! Pour tout cet argent, je suis à votre service pour la journée !

Patrice esquissa un sourire amical et après lui avoir donné une tape sur le dos, il monta les marches du Palais de l'Elysée. La garde républicaine le salua d'une façon très militaire. Le jeune homme passa devant eux, le visage sans expression. Il savait que de toute façon, ces gens n'avaient pas le droit de se montrer humains et que leur rôle, bien qu'important, était surtout décoratif. Il avançait cependant d'une façon on ne peut plus civile, n'ayant lui-même jamais vraiment tenu à être dans l'armée. Cette démarche, élégante et fluide, attira le regard d'une jeune employée du Palais, probablement une servante qui ne le quitta pas des yeux. Il ne s'en rendit pas compte, trop absorbé par ses pensées. Il n'entendit même pas la desserte se renverser suite à une erreur d'inattention de la jeune femme. Il arriva bientôt devant la porte du salon de Cléopâtre... Aller donner le nom d'un pharaon esclavagiste au bureau du Président de la République, quelle gageure ! S'il y avait eu bien pire que les rois dans le monde, c'était bien les pharaons, responsable de l'asservissement des hommes, de la plupart des purges sémites également, de la création d'un système de castes affligeant, évoquant tristement le système en vigueur aux Indes. Non, vraiment, Patrice qui était déjà profondément excédé par les dorures de ce lieu ne pouvait guère masquer son irritation alors qu'il s'avança vers le Chambellan, posté derrière un bureau de bois massif sur la droite de l'entrée. Le vieil homme s'était endormi sur sa chaise, les poils de sa barbe bougeant légèrement à chacune de ses expirations légèrement sonores. En temps normal, Patrice qui détestait l'oisiveté, l'aurait copieusement réveillé, en sursaut et l'aurait houspillé. Seulement à bien y réfléchir, il ne voulait pas provoquer chez l'énergumène une crise cardiaque. Et comme il s'avéra qu'il avait le sommeil profond, Patrice haussa les épaules avec un regard méprisant et décida au culot de rentrer dans le bureau de son paternel. Tant pis si ce dernier était en audience, il n'avait qu'à s'entourer de personnes éveillées.

Il referma la porte derrière lui. Le changement de décor n'était pas saisissant. Le Salon de Cléopâtre avait la même lourdeur de dorures et de tapisseries bordeaux. Le parquet était ciré, bien que Patrice n'ait aucun doute sur le fait que les dents du Président actuel avaient déjà du le rayer. Il y avait des tapis et du mobilier luxueux. Les chandeliers étaient en or massif et éclairait la pièce d'une façon très fine, mettant en valeur la beauté des lieux. Enfin la beauté était relative, Patrice ne trouvait pas que ce soit le mot qui convienne, il aurait parlé personnellement de laideur sans complexe. Mais comme il se devait d'être diplomate en toute circonstance, il préféra se taire et ne rien dire. Il regarda droit devant lui. Son père était assis derrière son bureau, plongé dans une série de paperasse. Il avait levé ses yeux bleus sur lui et lui avait adressé une mine sévère, attendant que leurs regards se croisent. Quand ce fut le cas, la voix impérieuse et sèche du Président vit légèrement troubler son fils, qui du reste ne s'était pas attendu à une embrassade, son père était Maréchal, donc pas franchement versé dans les sentiments. Il ne s'attendait pas non plus à un accueil aussi glacial.


- Il ne me semble pas vous avoir invité à entrer, ni que l'on m'ait annoncé votre venue.

Intérieurement décontenancé par le ton hostile qu'il avait employé, Patrice répondit calmement bien que sa voix trahisse son affection :

- Je ne pensais pas vous déranger, père. J'ai attendu que votre Chambellan m'annonce mais il semble bien lové dans les bras de Morphée. Si ma présence vous dérange, je peux m'en aller.

Son père lui adressa un regard meurtrier lorsqu'il avait prononcé la dernière phrase. Vêtu de son uniforme militaire, il était vraiment impressionnant. Sa sévérité n'avait pas d'égal dans tout le pays. Et son maintien ne laissait présager aucune once de sentiment. Il demanda impérieux :

- Quel est donc cette affaire si importante qu'elle n'ait point pu attendre le réveil de Charles et mon invitation officielle à pénétrer dans ce bureau ?

- Je viens vous parler des affaires diplomatiques et de l'image de notre République à l'étr...

- Cela attendra.

- Mais je...

- Il n'y a pas de "mais je", Patrice ! J'ai dit que cela attendrait !

Son père s'était levé, autoritaire, en donnant un grand coup de poing sur le bureau. Face à lui, Patrice aurait souhaité se faire plus petit mais manque de bol, la nature avait voulu qu'il soit grand et élancé... Totalement déconcerté par la réaction de son géniteur, il ne put cacher une mine amère d'avoir été ainsi rabroué. Il répondit simplement :

- Bien, père. Cela va attendre. Je vous prie de m'excuser pour le dérangement. J'attendrais votre convocation chez Zita...

- Zita a disparu.

Patrice manqua s'étouffer et presqu'aussitôt l'humiliation donnée par son père fut le cadet de ses soucis. Il questionna sans cacher son inquiétude :

- Disparu ??? Quand donc ? Avez-vous une piste ?

- Elle a disparu il y a quelques semaines. Nous n'avons aucune piste mais il est probable qu'elle ait entrepris une fugue quelconque avec un amant... rien qui ne donne lieu de s'inquiéter.

- Zita n'est pas du genre à fuguer pour retrouver un amant. Si elle a disparu sans donner de nouvelles c'est qu'il s'est passé quelque chose. Nous devons nous en inquiéter.

Cette fois, le père parut excédé et il rétorqua, avec de la colère dans la voix :

- J'ai d'autres affaires à m'inquiéter, figurez-vous ! Des affaires hautement plus importantes que les envies personnelles et délurées d'une jeune femme se comportant en fillette !

- Zita n'est pas une fillette, c'est une jeune femme responsable et bien dans sa tête autant que dans sa peau. Je vous rappelle qu'elle est amenée à devenir ma femme officiellement et que je n'accepterais pas un tel affront sur elle.

Patrice adressa à son père un regard assassin. Les deux hommes se toisèrent, attendant chacun que l'autre cède. Pour le jeune homme, pas question de céder le premier. Il avait été fiancé à Zita pendant son adolescence, car elle et lui s'entendaient à merveille. Ils étaient très complices. Sa cousine n'avait pas encore été mise au courant, mais pour Patrice, il ne s'agissait pas de sentiments amoureux. Il la considérait comme sa sœur de cœur et aurait été bien incapable d'assumer avec elle un quelconque devoir conjugal. Mais il espérait qu'en se fiançant avec elle, il écarterait tous les soupirants idiots qu'une jeune femme voit défiler à sa demeure. Jusqu'à présent, ça avait fonctionné puisqu'elle n'avait pas été démarchée par des amoureux transis moches comme des poux. L'avantage c'était que de cette façon, Patrice lui permettait de choisir elle-même l'homme qu'elle voulait épouser et il était viscéralement attaché à cette liberté pour elle. Ne pas lui offrir cette chance aurait été se trahir lui-même jusqu'à l'âme. Le Maréchal se rassit et Patrice jubila intérieurement. Il masqua cette réjouissance pour ne pas aggraver la situation déjà fortement tendue. Il décida de sauter la transition pour demander :

- Quelles sont ces affaires, père ? Vous paraissez ma foi fort soucieux.

Son père sembla se calmer suite au tact de l'aîné. Il tapota des doigts sur les feuilles de papier qu'il avait devant lui et expliqua :

- Après-demain, nous inaugurerons la statue de Victor Noir, pour lui rendre hommage. Cet homme est un symbole populaire, il ne saurait en être autrement, même s'il entre par hasard dans les livres d'histoire. Le soir, un bal est prévu et nous aurons des invités... royaux.

- Royaux ? Ainsi vous avez invité la Reine Victoria, c'était justement de ça dont je voulais vous parler...

- Non, il ne s'agit pas d'invités royaux connus.

- Que voulez-vous dire ?

Le Maréchal demeura silencieux un moment, plongé dans une grande réflexion comme s'il choisissait les mots. Pour Patrice, qui ne comprenait pas grand chose à ces élucubrations, le temps sembla interminable. Mais il présageait une annonce gigantesque pour que son père hésite tellement à en faire part. Lui qui était terre-à-terre qui accordait peu d'importance aux faits étranges, cherchant avant tout à rationaliser la réalité eut le plus grand mal à reprendre la parole :

- Ambroisine a parlé à votre mère, qui s'est confié à moi sur l'existence d'une... brèche. Cette brèche dont la conception et le fonctionnement me sont parfaitement inconnus relie en réalité notre France, républicaine, à une autre France, monarchiste. Durant le bal, ils seront invités pour que nous puissions faire des pourparlers. Il semble que des personnes soient au courant chez eux comme chez nous. En tout cas, ils ont un Roi, la Révolution de 1789 n'a jamais existé, pas même le Premier Empire ni le Second. Ni même la Commune. Le Roi est apprécié de ces sujets, il n'est pas question de révolution chez eux. Vous imaginez bien le séisme politique que cela causerait si cela venait à se savoir en dehors de ça. Nous devons maintenir cette brèche dans le secret.

Patrice avait écouté son père et paraissait atterré. Il ne voulait pas y croire. C'était fondamentalement impossible, la France ne pouvait être qu'une République. Il regarda son père avec une once d'inquiétude. Etait-il devenu fou ? L'homme répondit lui-même à la question :

- Cela vous semble peu croyable n'est-ce pas ? Je lis dans votre regard. Il vous faut une preuve, je vous en donnerais une. Après-demain, vous ferez le discours d'hommage à Victor Noir, je ne souhaite pas m'en charger, cet homme me parait insignifiant, mais il plait au peuple. Vous saurez trouver les mots pour honorer sa mémoire davantage que moi. Le soir, lors du bal masqué, je vous présenterais ces invités royaux. Ils existent bel et bien aussi fou que cela puisse vous paraître.

Le jeune homme hocha la tête l'air dubitatif. Un silence s'installa pendant de longues minutes. Il ne croyait guère à cette histoire de brèche mais son père paraissait si assuré qu'il lui laissa le bénéfice du doute. De son côté, il pensait davantage à un complot de monarchistes plutôt qu'à une France parallèle. Nombreux étaient celles et ceux qui haïssait l'abolition des privilèges et n'aspiraient qu'à revenir à une tête couronnée. Ces ennemis de la démocratie ne méritaient que la guillotine. D'ailleurs, une idée germa dans son esprit. Il serait à ce bal et à cette rencontre, pour sûr. Et il en profiterait pour clarifier tout cela et démasquer ces félons. La ruse était sa meilleure alliée. Il s'avéra que son père n'avait guère grand chose à ajouter, aussi Patrice décida d'interrompre leur rencontre et de prendre congé. Lorsqu'il fut revenu à son carrosse, il demanda au cocher :

- Connaissez-vous un bon détective l'ami ?

- Pour sûr, Monsieur, je connais quelqu'un qui pourrait répondre à ces critères.

- Parfait. Allons chez lui.

Il monta dans le véhicule, eut un regard vers le Palais de l'Elysée et se dit que son père paraissait étrange... lui qui était républicain, comment pouvait-il tolérer de recevoir le Roi d'une France parallèle ? Et pourquoi autant de sympathie ? Il aurait suffit de mettre le roi sur l'échafaud lors du bal pour mettre un terme à cette mascarade et à cette histoire fumeuse de brèche. Enfin, ce qui lui importait vraiment, c'était la disparition mystérieuse de Zita. Sa cousine n'était pas du genre à s'enfuir sans donner de nouvelles. Patrice avait un mauvais pressentiment. L'aide d'un détective ne serait pas de trop. Le carrosse s'éloigna et la pluie recommença à tomber drue, un peu comme si elle avait voulu épargner son costume.
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