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 Convocation et prémices de danger {Clélie & Eulalie}

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Eulalie des Isarn
Blanche hermine de 1830

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Messages : 50
Date d'inscription : 07/02/2011

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Et cette brèche?: Je n'en connais qu'une seule, celle qui fissure le cerveau des républicains et des légitimistes !
Et le coeur?: S'y trouve une loyauté sans faille pour Philippe VII !
Un secret?: Je ne les dis qu'à mon confesseur.

MessageSujet: Convocation et prémices de danger {Clélie & Eulalie}   Ven 11 Fév - 13:02

Un pâle soleil filtra à travers les épais rideaux que Léonie ouvrait comme à l’accoutumée. Eulalie s’éveilla, s’étira, se redressa quelques secondes … puis un large sourire fit apparaître ses dents nacrées. Elle retomba alors sur ses oreillers et roula sur son matelas, en laissant résonner un petit rire dans la chambre. La jeune femme goûta quelques instants à cette joie non dissimulée due à deux évènements : Le premier avait eu lieu la veille, par son discours et ses arguments elle avait pu convaincre une assemblée de quarante personnes à se joindre aux orléanistes ; la seconde restait les festivités qui s’annonçaient. Depuis quatre ans qu’elle logeait à Chantilly, jamais elle n’avait manqué de se rendre à la Capitale pour l’occasion. Cette fête foraine fournissait non seulement des distractions sympathiques, mais était aussi pourvue d’un incroyable marché public, où elle aimait faire quelques emplettes. Un chapeau, des gants, des tapisseries, des livres anciens, des tableaux également puisque des artistes en profitaient pour exposer leurs oeuvres. En somme, il s’agissait pour la duchesse de l’évènement de l’année, et ni le froid ni même la fièvre ne l’auraient pas retenue dans son lit.

- Mademoiselle ? Voici votre eau parfumée.

Eulalie sursauta légèrement tandis qu’elle rêvassait encore à un portrait magnifique de Claude Monet aperçu l’an passé à l’exposition impressionniste… Elle se leva donc de son lit, trempa ses mains, et son visage dans le récipient creux que sa camériste lui tendait. Ses cheveux lavés la veille, grâce aux plantes importées d’Algérie, en passant par le henné ou le musc, sentaient toujours agréablement des flagrances florales. La jeune fille ne comprenait guère les français, qui disait-on ne possédaient encore guère d’aspiration pour la toilette et les bains quotidiens. Pour rien au monde elle n’aurait abandonné son train de vie pour adopter le leur. Sa suivante passa justement son peigne au cœur de sa chevelure pourtant abondante, sans le moindre mal.

- Quelle robe portera mademoiselle aujourd’hui ?

- Ma robe de velours bleu de Prusse, s’il te plait Léonie.

La domestique partit en direction de la garde robe qui se situait dans une pièce avoisinante, la duchesse s’installa elle devant son bureau de toilette où étaient rangés bijoux, éventails, et autres fanfreluches. Eulalie, patientant regarda plusieurs fois le cadran imposant, qu’elle apercevait à travers ses fenêtres et qui datait de Louis XIV, les minutes lui parurent interminables …Elle voulait descendre promptement au premier étage où le Duc d’Aumale et elle prenaient leur petit déjeuner. Pour deux raisons bien précises : non seulement, elle appréciait beaucoup ce moment d’intimité avec son nouveau père et elle avait demandé qu’on lui serve son met préféré, mais depuis quelques jours il s’était fait une mauvaise entorse en descendant de cheval. Lui doyen des militaires du Conseil de guerre, rugissait à certains moments de la journée, d’être contraint à l’immobilité. Dans ces cas là, les domestiques y compris l’intendant pourtant fort minutieux en prenaient pour leur grade. Eulalie demeurait la seule à rendre son Altesse, le plus doux des agneaux. D’où son impatience à le rejoindre …

-Oubliez cette tenue, je viens de changer d’avis et apportez moi plutôt celle de satin gris de lin.

La camériste sembla un instant décontenancée par ce revirement, mais obéit promptement. La demoiselle avait ôté robe de chambre et chemise de nuit, et se tenait déjà devant sa psyché. Le défilé des jupons, corset, bas, tournure commença et ce fut enfin le tour de son élégante robe qui fut convenablement lacée. L’échancrure légèrement décolletée lui arracha néanmoins une moue désapprobatrice, mais elle n’avait qu’un vêtement de cette teinte, et il s’agissait de la couleur préférée du prince malade. Geste simple mais qui lui ferait plaisir et lui offrirait sans doute, une bonne humeur pour la journée.

Tandis qu’à présent, Léonie s’apprêtait à créer un chignon délicat, un bruit sourd se fit entendre à l’étage inférieur ainsi qu’un gémissement de fauve. Eulalie effrayée, repoussa immédiatement épingles à cheveux et se précipita dans les escaliers dépassant ainsi l’ensemble des domestiques qui n’osaient pas entrer dans le cabinet de travail de leur maître. Lorsque la jeune femme s’engouffra dans l’imposante pièce, elle aperçut un livre imposant à terre et le dos de son parrain qui venait de s’arc bouter pour le ramasser ou apaiser la douleur de son pied blessé. Elle devina ce qui venait de se passer ! Selon toute vraisemblance, il avait tenté de saisir l’ouvrage sur l’une de ses nombreuses étagères, mais le livre était tombé sur l’endroit lésé de sa physionomie. Eulalie s’avança en grandes enjambées afin de l’assister, mais toujours baissé il crut qu’il s’agissait de l’intendant :

- Maurice, sortez immédiatement avant que ma canne ne réveille davantage vos maux de tête, en s'abattant sur votre crâne dégarni ! Et pas un mot de cette mésaventure à mademoiselle …

- Je ne suis ni Maurice, ni Mauricette et la demoiselle des Isarn est déjà au fait de votre mésaventure mon père.

Bougon comme jamais, le Duc d’Aumale se redressa brusquement. Le bruit des décorations militaires sur la veste qu’il réajusta dignement résonna dans la pièce. Eulalie se retenait de rire, de peur de le vexer davantage.

- Laissez moi vous aider.

- Je te remercie Eulalie, mais je ne suis point encore impotent. Je n’ai que cinquante trois ans ! Si cette cheville n’était pas brisée, je pourrai crever mon cheval en faisant dix lieues au galop dans la forêt.

- Mais je ne n’en doute pas père.

Le Général détestait se sentir diminué aux yeux de quiconque, mais peut-être avait-il mieux fallu que ce fût elle qui se précipite auprès de lui que ses domestiques. Elle, au moins ne verrait pas la béquille de son père s’abattre sur sa tête. Tandis que fier, il feignait de ne pas avoir mal, la jeune fille ramassa l’ouvrage qui gisait toujours à terre.

- Montaigne semblait vouloir garder ses essais au repos ce matin, il se sera vengé.

Aumale n’émit qu’un léger sourire qui ressemblait fort à un rictus vexé, face à cette réplique taquine. Eulalie soupira devant sa ténacité à bouger et mit ses mains sur les hanches dans une posture de défi.

- Père, je me dois de vous gronder. Le médecin vous avait demandé de ne pas faire de mouvements brusques, même Saint Simon et Diderot ne méritent pas que votre entorse s’aggrave !

- Ce docteur est un imbécile ! Par Saint Louis, on ne va tout de même pas me refuser le droit d’étudier ou de lire !

- Dans ce cas, faites appeler pour que l’on vous porte l’ouvrage !

- Je ne suis pas grabataire, je peux me servir moi-même !

- Certes, mais au risque de tomber ou de recevoir le livre à vos pieds ou devrais je dire sur vos pieds ! Puisqu’il en est ainsi, je demeure en votre compagnie aujourd’hui et vous servirai d’assistante comme je le faisais en Angleterre. Je serai certaine que Racine ou Corneille ne vous assassineront point par livres interposés.

- Il n’en est pas question Eulalie, tu te faisais une joie de cette fête parisienne. Tu dois y aller et ne pas t’en priver pour moi.

- Ces festivités ne sont pas importantes, si votre santé exige mes soins.

- Je me porte à merveille et je n’aurai point fini ma lecture lorsque tu reviendras, vois l’épaisseur de l’oeuvre. En outre, j’attends certaines visites importantes !

Eulalie ne questionnait jamais son père adoptif sur ses fréquentations ou ses visites. Elle n’allait pas commencer aujourd’hui.

- Fort bien, mais promettez moi de demeurer sur ce fauteuil.

- Je te le promets !

La jeune fille déposa un baiser tendre sur la joue du Duc d’Aumale qui sourit pour la première fois de la journée.

- Tentez de ne pas trop terroriser ce pauvre Maurice et vos autres serviteurs. Ils vous sont tous dévoués et ne pensent qu’à vous servir au mieux. Les pauvres pâtissent parfois à tort de votre mauvaise humeur.

- Je resterai calme et personne n’aura à subir mes foudres, es tu rassurée ? A présent pars à ces réjouissances.

En sortant de la pièce, Léonie toujours les épingles à cheveux en main lui fit ce chignon à la hâte devant l’un des miroirs du grand couloir.

- Nous dirons que le vent m’a légèrement décoiffée. Allons partons !

Alors qu’elle mettait ses gants et se dirigeait vers la sortie, une jeune femme était reçue par Maurice. Eulalie l’avait croisée quelques fois à Chantilly, il s’agissait du témoin que le Duc d’Aumale avait sollicité le jour de l’adoption : Mademoiselle Clélie Corbier Gastins. Son père, chef de la Sûreté et elle avaient tous deux rempli ce rôle à merveille par mesure de discrétion.

- Bonjour mademoiselle, quel plaisir de vous revoir ici ! Le Duc se trouve dans son cabinet de travail et doit vous y attendre. Je vous souhaite une très bonne journée. A bientôt !

Après l’avoir saluée, la jeune duchesse des Isarn monta dans son fiacre couvert qui l’attendait dans la cour. Celui-ci se mit à chevaucher à vive allure vers la Capitale.
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Clélie Corbier-Gastins

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Date d'inscription : 09/12/2010

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Et cette brèche?: Quelle brèche?
Et le coeur?: Vide pour le moment...
Un secret?: chut! Petits curieux!

MessageSujet: Re: Convocation et prémices de danger {Clélie & Eulalie}   Ven 11 Fév - 16:30

Son épais dossier au bout du bras, Clélie arpentait la galerie qu’elle connaissait presque sur le bout des doigts. Le nez en l’air, seule sous le regard d’un valet posté à la porte, la jeune fille ne cessait d’observer, de détailler chacune des peintures de la galerie. Victoire de Rocroy, Victoire de Lens, Nordlingen, le passage du Rhin...Les faits militaires, français ou étrangers, avaient toujours su éveiller la passion de la jeune fille et cet étalage d’action de ce héros familial ne la lassait jamais. Bien qu’elle préférait à cette galerie la bibliothèque du duc, Clélie ne rechignait jamais à attendre ici qu’il la reçoive.
Un bruit de pas résonna sur le parquet ciré et elle se retourna d’un geste pour voir arriver Maurice, le visage ennuyé. Sa voix sombre tranchait avec l’habituelle bonhommie de l’homme mais Clélie obéit d’un hochement de tête à son ordre bref.

-Monsieur le duc va vous recevoir, mademoiselle. Suivez-moi.

Elle trottina derrière lui, le coeur en battant lorsqu’elle passait en revue les trésors artisitques du château. L’hôtel Beauvau ou l’Elysée, aux côté de la magnificence de Chantilly faisaient bien pâle figure!
Elle détourna son regard d’un buste antique pour apercevoir une silhouette bien connue. La vue d’Eulalie des Isarn, dont elle avait été témoin de l’adoption, lui arracha un mince sourire. Il n’y avait pas plus différente d’elle que la jeune fille!

- Bonjour mademoiselle, quel plaisir de vous revoir ici ! Le Duc se trouve dans son cabinet de travail et doit vous y attendre. Je vous souhaite une très bonne journée. A bientôt !

-Mademoiselle, c’est un plaisir partagé.

Clélie hocha la tête par courtoisie avant de suivre Maurice qui avait continué son chemin. Elle ne s’était jamais vraiment faite à cette atmosphère pompeuse - il fallait le dire! - que dégageait le château. Elle se sentait comme une goutte écarlate sur une toile immaculée.

Maurice l’avait conduite jusqu’à la porte du cabinet de travail et referma le battant sitôt l’avoir introduite. Comme de coutume, les joues rosies d’être en présence du duc, Clélie se força de garder son regard haut et de paraître aussi naturelle que possible. Plus que tout, elle retenait l’une des premières phrases qu’il lui avait lancé quelques années auparavant. “Et retenez que je ne vous mangerais pas, mademoiselle! Ne baissez pas les yeux, je ne vous soumets pas à mes souhaits!”.

Ses yeux glissèrent de la cane posée sur le rebord du bureau au pied enturbanné allongé sur un coussin, puis remontèrent à la mine agacée du général à la retraite. Elle se garda de tout commentaire et opta pour une attitude plus que naturelle....mieux ne valait pas souligner l’immobilité forcée du duc. Sa voix confirma les craintes de Clélie.

-Eh bien, mademoiselle, avez-vous ce pour quoi je vous ai engagé à mes côtés?

Elle toussota légèrement en retenant un sourire malgré la situation. Elle, si peu féminine, s’était rapidement hissée à ce rôle de lieutenant, capitaine ou n’importe quel officier par lequel le duc voulait bien l’appeler. Il fallait croire qu’il s’ennuyait de ces champs de bataille et que la petite main qu’elle était lui permettait de revenir à ces temps passés. Mais loin d’elle l’idée d’échapper à ces sobriquets! Elle en tirait même une certaine fierté.
Elle effectua une petite révérence de rigueur.

-Bonjour, monseigneur! J’ai en effet, suite à de nombreuses prouesses dont je vous conterais plus tard les détails par le bout - si vous le souhaitez - j’ai donc pu réunir toutes les pièces qu’il manquait à ce dossier!

-Ah?

-Oui-da, monseigneur!

Le duc émit un petit grognement satisfait et esquissa un sourire franc.

-Montrez-moi cela, officier Corbier, il me tarde d’avoir enfin une raison d’être enfermé ici!

Clélie préféra ne pas relever les derniers mots du duc et rester sur l’air de satisfaction qui avait illuminé un instant le regard du vieux général, comme elle l’appelait.
Elle s’approcha du bureau et laissant tomber le dossier duquel s’échappaient les feuillets, entreprit de l’ouvrir et de chercher la pièce la plus importante à ses yeux. Elle avait mis tant de coeur à la faire rechercher! Tant de pièces données, de lettres passées sous le manteau, de gamins payés et de nuits à battre le pavé! Elle avait enfin pu récupérer ce précieux sésame, ultime clef au problème épineux du duc.

-Voilà de quoi satisfaire votre curiosité, Général...et votre soif de lecture! Tout y est! Tout, y compris ce que vous désespériez de trouver un jour!

-Ah!

Ce “Ah” de contentement avait à nouveau faire sentir cette petite pointe de fierté.

-Je savais que la confiance que je vous ai accordé n’était point dénuée de raisons.

Les yeux brillants, Clélie se tourna un instants vers le duc, avant de replonger dans ses papiers. Elle voulait de suite lui montrer cette pièce maîtresse. N’écoutant plus les paroles élogieuses que le duc lui lançait, elle remuait ses feuillets.
N’avait-elle pas mis le document après les actes notariaux? Ou bien l’avait-elle glissé entre les revenus terriens et le livres de comptes?
Elle arrêta quelques secondes ses recherches, perplexe, sentant cette boule rouler insidieusement entre ses entrailles. Où avait-elle donc rangé l’acte?

-Vous comprenez, continuait le duc d’une voix gaie, si Eulalie ne peut prétendre à cette succession, il ne lui resterait rien de sa véritable famille. Je ne peux décemment lui ôter tout cela; il est important pour tous, aujourd’hui, d’avoir soin de ses racines, de connaître son passé, de...

Parbleu où était ce fichu papier! Un acte de décès ne pouvait s’envoler comme ça! Elle l’avait tenu entre ses mains! Elle avait lu le nom inscrit, elle le voyait encore devant ses yeux! S’était-il donc envolé, comme par magie?!

-...Eulalie ne pourrait être plus heureuse que de bénéficier de cette succession...

Maître Fournal n’en n’avait gardé aucune copie, il n’y avait que deux exemplaires...qu’avait-elle donc bien pu faire de ce document! Clélie sentait cette boule danser dans son ventre, la narguant sans se lasser. Plus elle tournait les pages, sans écouter la voix d’Aumale devenue lointaine, plus elle voyait ses doigts trembler.

-Y-a-t-il un problème, Corbier?

Le silence soudain la fit se retourner d’un bloc, tenant derrière elle entre ses mains le dossier éparpillé.

-Eh bien...je...je crois qu’un document s’est échappé de ma sacoche! Je l’ai ouvert, dans la galerie des victoires de Monsieur le Prince!

Elle ne laissa pas le temps au duc de lever un sourcil et sortit précipitamment, courant sur les moquettes plus épaisses que la neige, ses talons plats résonnant sur les parquets luisants. Elle ne prêtait plus attention aux bustes, statues et peintures de maître qui ornaient chaque coulloir et détours de galerie. Le coeur battant, sous les regards surpris, voire choqués des domestiques, Clélie pénétra dans la galerie des grandes victoires.
Mais elle n’y trouva qu’un silence devenu oppressant. Nulle trace de l’acte. Comme dans chaque pièce qu’elle avait traversé, aucune feuille volante.

Elle ne pouvait pas retourner dans le cabinet! Elle ne pouvait pas annoncer au duc cet échec, cette disparition! Elle sentait les palpitations de son coeur lorsqu’elle couru vers le cabinet, croisant l’intendant du duc, engoncé dans son faux col et l’air plus pincé que d’ordinaire.

-Monsieur! N’avez-vous pas vu un papier volant récemment! Une feuille de notaire, qui s’est échappé de ma sacoche!

-Mademoiselle! Voyons, un peu de tenue! Vous êtes chez son altesse le duc d’Aumale!

-Qu’importe; avez-vous vu ce papier!

-Vous êtes à Chantilly, mademoiselle!

-Les femmes de chambres n’ont rien vu?

-Elles sont triées sur le volet!

-Mais répondez-moi, morbleu!

L’intendant pinça le nez en se reculant dans une grimace.

-Un peu de tenue, mademoiselle! Vous êtes chez une altesse royale! Un descendant du sang de France! Filleul des descendants des plus grands princes! Père du dernier prince de Condé, digne successeur des héros de la famille! Héritier de la couronne de France, héros d’Algérie et général de France! Député...

Clélie s’arrêta net devant le visage coincé de l’homme et elle s’empêcha de l’étouffer dans son faux col en laissant en plan l’intendant qui continuait d’énumérer les titres du duc. Crétin! Un sombre crétin que cet intendant plus monarchiste qu’un monarque! Plus orléaniste que Philippe d’Orléans lui-même! Elle couru jusqu’au cabinet et repris son souffle avant de tourner la poignée d’une main tremblante.

-Est-ce vous, soldat Corbier! Amenez-vous, et en vitesse!

La voix du duc avait fait place à celle, sévère et grondante, du général. Clélie avait été dégradée...cela ne présageait rien de bon pour elle. Elle poussa la porte doucement, les yeux contrits. Elle aperçu, debout, le général fouillant le dossier, jetant les papiers qu’elle avait réuni avec peine, s’énervant à ne pouvoir ramasser ceux qui étaient tombés.
Il se retourna avec toute la rigidité militaire dont il était capable vers la jeune fille, pétrifiée, qui n’osait faire un pas de plus.

-Où est l’acte de décès, Corbier?!

-Je...je ne sais pas, monsieur.

-MON général, Corbier!

-Mon général, bafouilla Clélie...

-Et comment, vous ne savez pas?! Incapable !

Clélie remua la tête silencieusement, le regard rivé au sol. Elle l’entendit claudiquer, attrapant sa cane qu’il leva en sa direction.

-Trouvez-moi une excuse, Corbier, ou je vous mets au pas sur l’heure!

Dans mouvement d’agacement, il fit un faux mouvement et retomba sur son pied blessé. La douleur lui arracha une grimace et un juron que je ne pourrais révéler. Clélie cherchait des yeux une pelle, simplement pour creuser elle-même sa tombe et s’y enterrer sans un mot supplémentaire. Se mordre la lèvre, les joues ou la langue ne servait plus à rien et elle ne pouvait que tortiller ses doigts dans son dos, observant d’un air distrait les rainures du parquet.

-Et regardez-moi, Corbier!

Elle leva la tête brusquement, se forçant à ne pas ciller face au regard enflammé de son mentor.

-Je préfère cela. Assumez, Corbier, assumez! Où est ce papier?

Il avait pris d’une main ferme quelques feuillets qu’il agita en sa direction. Oubliant un instant la scène, Clélie réfléchissait aussi vite qu’elle le pouvait. Elle avait glissé l’acte dans le dossier notarial. Elle avait ensuite reposé le dossier complet sur le coin de son bureau, était sortie pour se rendre à la préfecture de Police, avait retrouvé l’inspecteur Garlait qui s’était à nouveau moqué d’elle, était revenue chez elle, avait rangé sa chambre.....rangé? Pourquoi?
Ah!

-Je crois savoir ce qu’il s’est passé, mon général, répondit-elle après quelques secondes de silence!

-Explications.

-Ma fenêtre a été brisée, mon général. Rien ne semblait avoir été volé ni déplacé - vous connaissez mon sens de l’observation - mais à présent, je crains qu’une chose ai été dérobée...

Elle laissa sa phrase en suspens, attendant avec inquiétude une réaction de la part du duc. Celui-ci s’était rassis et à présent, lissait sa barbe, le regard songeur.

-En êtes-vous certaine, officier?

Elle reprenait du galon!

-Oui, mon général, répondit-elle d’une voix qui cachait la fierté d’avoir monté en grade.

Le duc pianota sur le pommeau de sa cane, les sourcils broussailleux froncés. Clélie sentait qu’un problème, peut-être même un danger se mettait en place par la disparition du document.

-Vous avez fait-là une erreur, officier! Il se retourna en pointant la jeune fille de sa cane.

-Oui..., émit-elle en reculant de quelques pas.

-Une bourde, même. Inqualifiable!

Clélie dégluti difficilement. La voix du vieux général avait reprit son timbre grave et rigide.

-Vous allez me réparer cela! Partez immédiatement pour Paris, retrouvez Eulalie et ramenez-là moi...si tant est qu’entre vos mains elle soit aussi en sûreté qu’un acte de décès! Et avec mes propres chevaux, bien plus rapides que ces haridelles de Paris!

La jeune fille hocha la tête et bafouilla un incompréhensible “oui” mais qui paru satisfaire au duc qui se rassit lourdement dans son fauteuil, étouffant un nouveau juron lorsqu’il s’appuya sur le mauvais pied.
il agita sa main pour signifier son congé à sa jeune recrue.

-Allez, disparaissez!

Le coeur battant à tout rompre, mais heureuse de s’en être pas tiré à mauvais compte, Clélie respira dès qu’elle eu fermé la porte du cabinet. Elle ignora les regards de Maurice qui avait entendu les cris de son maître.

-Eh ben mademoiselle, sacrée bourde?

-Taisez-vous, de grâce et apprêtez-moi un fiacre, je dois me rendre à Paris au plus vite, marmonna-t-elle sombrement.

L’homme esquissa un sourire sans oser relever le manque de respect de la jeune fille et d’un geste, fit avertir les écuries du souhait du duc.
Quelques minutes plus tard, un attelage léger aux chevaux nerveux attendait dans la cours du château.
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