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 Champ de foire et champ de bataille [Eulalie&Clélie]

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Clélie Corbier-Gastins

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Et cette brèche?: Quelle brèche?
Et le coeur?: Vide pour le moment...
Un secret?: chut! Petits curieux!

MessageSujet: Champ de foire et champ de bataille [Eulalie&Clélie]   Dim 1 Mai - 15:46

Comment pouvait-on retrouver une jeune fille commune parmi toute cette foule ? Autant chercher un anarchiste parmi des ouvriers !
Clélie se mordit la lèvre lorsque le fiacre déboulait à vive allure dans les rues de Paris. La ville était bondée, tout le peuple avait quitté les pièces chaudes de leurs appartements pour rejoindre le champ de foire. Le fiacre avançait lentement, bien trop lentement !

-Arrêtez-vous, intima Clélie au cocher, passant la tête par la fenêtre. Je vais continuer à pieds !

Elle n’attendit pas que l’homme réponde et sauta à bas du véhicule, se fondant dans la masse compacte.
Elle avait rarement vu autant de monde qu’en ce jour…peut-être depuis le 4 septembre ; elle ne saurait le dire. Elle jouait des coudes, poussait femmes, enfants, vieillards ou hommes bien portants. Certains essayaient de la retenir par le bras, prétextant ses yeux de biche, d’autres l’insultaient proprement, refusant de lui laisser le passage.
Elle marmonnait alors ce prétexte habituel : « j’habite juste ici ! »

C’est au terme de longs et douloureux efforts que la jeune fille parvint enfin à la fête foraine. Le bruit qui résonnait jusqu’au cœur de la ville était ici encore plus fort et le brouhaha de la foule se mêlait à présent aux cris et aux rires des parisiens qui s’amusaient. Des coups de carabines dans des figurines en bois, des jeux de chamboule-tout, des pêches à la ligne miniatures…il y en avait pour tout âge et toute condition. Ici se croisaient robes à panier et robes d’ouvrières. Comment trouver Eulalie ?

Clélie, cachée derrière un stand, au calme de la foule, s’assit un instant et prit sa tête entre ses mains. Comment était habillée Eulalie lorsqu’elle l’avait croisé à Chantilly ? Une robe pâle ? Bleue, peut-être ? Son chapeau était-il assorti ? non….elle avait un chignon…à moins que…
De rage, la jeune fille arracha une touffe d’herbe qu’elle lança au loin. Comment pouvait-elle ne pas se rappeler ce détail ! Elle se targuait de tout voir, de se rappeler de tout et de retenir chaque mot entendu…et aujourd’hui, alors que la situation était bien plus importante que tout, elle était incapable de se rappeler du nom-même de la jeune fille.

Elle voyait déjà le visage du Duc lorsqu’il apprendrait ce second échec. En vérité, elle songeait à ne pas revenir ces prochains jours, afin qu’Eulalie revienne d’elle-même et que le Duc oublia quelques jours ce cuisant revers. Comment pouvait-elle trouver Eulalie dans une telle foule ? C’était physiquement impossible, à moins de grimper dans une de ces montgolfières…encore fallait-il en avoir à cette fête !

Clélie arrêta de tourner dans son esprit toutes ces questions inutiles. Que lui avait appris son père ? Il lui avait appris la patience, la pugnacité. Il lui avait montré qu’il ne fallait jamais se relâcher et l’exemple qu’il était pour sa fille le prouvait. Si elle voulait réussir et atteindre son but ultime, elle devait rester debout, ne pas se laisser abattre et user de plus d’imagination et d’observation.
Aujourd’hui, qu’avait-elle en main ? Des papiers dérobés dans sa propre chambre ; une jeune fille disparue au creux d’une vague humaine ; un héritage à toucher.
Comment, à l’heure actuelle, pouvait-elle retrouver Eulalie, telle était la question prioritaire.
Pour une jeune fille comme Eulalie, quel endroit de la fête pouvait représenter un divertissement qu’elle n’avait pas à Chantilly ?
Clélie se retint de rire seule : que n’avait-on pas à Chantilly ?! Eulalie était seule avec le duc vieillissant. Elle devait donc faire quelques jeux calmes…quilles, croquet. Elle ne devait certainement pas être attirée par les stands de tirs. Ni les pêches à la ligne, bien trop enfantine. Elle ne l’imaginait pas non plus à des jeux de chamboule-tout. Peut-être à une sorte de loterie ? Clélie avait vu le panneau non loin de là !

Satisfaite de sa conclusion, Clélie se releva, épousseta sa robe et contourna le stand furtivement afin d’éviter le regard du propriétaire qui semblait peu enclin à accepter une présence étrangère derrière ses tentures !
Elle se jeta à nouveau dans le flot de parisiens venus s’amuser et difficilement atteignit enfin le stand de loterie. Mmh…Eulalie n’y était pas. La jeune fille se mordit la lèvre et balayant l’alentour du regard, ne croisa que les yeux sombres d’un homme à la mine peu recommandable. Celui-ci semblait tant la fixer que Clélie se baissa discrètement et s’éloigna du stand. Inutile de se faire suivre par l’éventuel voleur du document. Après tout, cet homme savait où elle vivait, il pouvait également connaître toutes ses allées et venues !
Le cœur battant à l’idée d’être retenue par cet indésirable, elle tourna au coin d’un stand de poupées et enfin, alors qu’elle ne l’espérait plus, elle aperçu la silhouette – pourtant peu familière – d’Eulalie des Isarns.
Elle poussa les personnes en face, se précipitant vers la jeune fille et celle-ci lui tournant le dos, Clélie l’agrippa par le bras afin de la faire se retourner.

-Mademoiselle ! Dieu merci je vous cherche depuis près d’une heure ! Venez vite, il faut rentrer à Chantilly, le géné…euh…monsieur le duc vous y attend de toute urgence !

Elle ne donna aucune explication de plus à Eulalie et la tira prestement derrière des stands afin d’éviter de perdre un temps inutile.

-Ne me demandez pas ce que je suis en train de faire ! J’obéis simplement aux ordres du duc ! Mais dites-moi, mademoiselle, avez-vous croisé quelques personnes…mmmh…peu…recommandables, disons ?
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Eulalie des Isarn
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Et cette brèche?: Je n'en connais qu'une seule, celle qui fissure le cerveau des républicains et des légitimistes !
Et le coeur?: S'y trouve une loyauté sans faille pour Philippe VII !
Un secret?: Je ne les dis qu'à mon confesseur.

MessageSujet: Re: Champ de foire et champ de bataille [Eulalie&Clélie]   Mar 31 Mai - 11:43

- Arrêtez vous Félicien, je vous prie. J’aimerais me recueillir quelques instants.

Aussitôt dit, aussitôt fait, le cocher au service personnel du duc d’Aumale tira sur les rênes et les magnifiques chevaux blancs que l’on enviait à trente lieues à la ronde, s’arrêtèrent. Félicien tendit son bras à Eulalie pour l’aider à descendre. Ils se trouvaient dans le 17ème arrondissement, face à une chapelle qui paraissant si petite, comparée à Notre Dame ou au Sacré Cœur, qu’on pouvait passer devant sans y prêter beaucoup d’attention. Mais ce n’était pas du tout le cas pour mademoiselle des Isarn.

- Je devrais en avoir pour une petite demi heure, faites boire les chevaux et restaurez vous, vous-même mon ami.

Le domestique la salua et s’éloigna avec l’attelage à l’auberge la plus proche. Seule sur le parvis, Eulalie tarda consciemment à pénétrer dans l’édifice, comme pour s’imprégner du lieu. C’est retenant presque sa respiration qu’elle s’y résolut enfin au bout de quelques minutes. A l’intérieur, personne ! C’était très souvent le cas, un silence religieux y régnait contrastant si bien avec l’animation qui régnait dans les rues parisiennes. Elle fit quelques pas en direction de l’autel, fit la génuflexion, puis de dirigea sur le collatéral de droite. La jeune duchesse se retrouva aussitôt au pied d’un gisant, représentant un homme âgé d’une trentaine d’années surmonté d’un ange magnifique. On pouvait y lire : En ce lieu, Ferdinand Philippe d’Orléans, fils pleuré, prince regretté a rejoint le créateur le 13 juillet 1842.

Ce Ferdinand qu’elle n’avait jamais pourtant connu était mort des suites d’un accident de calèche. A ceux qui parfois s’étonnaient de ses recueillements fréquents, elle ne pouvait leur donner la raison, sans s’ouvrir sur son passé douloureux d’orpheline. Eulalie éprouvait ce besoin impérieux de venir en ce lieu, songeant en effet à son propre père. Ferdinand et Philippe des Isarn, deux hommes que rien ne liait si ce n’est d’avoir eu un seul et même statut dans la vie du Duc d’Aumale. Ferdinand était le frère de sang, une figure d’admiration, Philippe lui était le frère de cœur, le frère d’armes. Ne pouvant prier sur la tombe de son père mort en plein désert en Algérie, mademoiselle des Isarn se rendait donc au pied de ce gisant. Elle taisait bien entendu l’affaire à son parrain, ne voulant pas lui remémorer ces deux pertes d’êtres chers.

Elle-même aujourd’hui ne voulait pas s’attarder plus que ça de peur de gâcher cette journée spéciale. Aujourd’hui même les moins fortunés de France étaient heureux, fête foraine, inaugurations, feux d’artifice, boissons à volonté et buffet offert, elle n’allait donc pas s’apitoyer sur son enfance malheureuse et voulait profiter de cette journée. Eulalie demeura donc un petit quart d’heure sur son prie Dieu puis s’en retourna. Félicien n’était pas encore de retour, il est vrai qu’elle avait un peu d’avance, aussi en attendant, elle se joignit à une farandoles de petites filles pour leur faire plaisir. Cela chassa toute trace d’amertume. Lorsque le cocher apparut avec sa calèche, la demoiselle des Isarn entraîna avec elle cette ribambelle d’enfants qui allaient elles aussi au marché.

Entre jeux et chansons, la duchesse ne vit que peu les maisons parisiennes défilaient et l’attelage atteignit sans qu’elle s’en aperçoive, le magnifique jardin des Tuileries où avait lieu l’imposant marché annuel. Ses petites accompagnatrices l’embrassèrent sur la joue pour la remercier et dévalèrent le marche pied à la volée. C’est avec un sourire épanoui qu’elle-même descendit. Elle ouvrit son ombrelle et commença à faire le tour des boutiquiers. En moins d’une heure, Félicien portait derrière elle les différents paquets qui semblaient l’écraser littéralement. Quelques fanfreluches comme des chapeaux, mais surtout deux portraits achetés à des artistes qui feraient très vite parler d’eux, elle en était certaine.

- Mon pauvre Félicien, j’espère que vous n’aurez pas une hernie discale à cause de moi …

Elle attrapa donc quelques paquets pour les tenir elle-même. Son cocher faillit s’en évanouir, Eulalie avait oublié à quel point il pouvait être aussi vieux jeu que son illustre employeur. Ils avaient après tout le même âge et parfois le même caractère …

- Mademoiselle, ce n’est pas convenable qu’une jeune fille de votre rang fasse cela. Je peux très bien m’en charger !

- N’insistez pas mon ami ! Je …

Soudain un homme d’une quarantaine d’années la bouscula, et elle vacilla avec le poids du premier tableau. Fort heureusement son sens de l’équilibre acquis grâce à ses leçons de dictionnaire sur la tête, ne la fit pas tomber. Plus que l’infortune d’une éventuelle chute lui ayant peut-être causé une entorse ou quelques hématomes, ça aurait pu causer des dommages irrémédiables au chef d’œuvre qu’elle venait d’acheter. Elle bénit le ciel de l’avoir préservé.

- Maladroit, malotru, vous pourriez tout au moins vous excuser auprès de mademoiselle !

- Laissez Félicien, la cohue est la seule responsable. Cet homme tente peut-être de rattraper ses enfants qui se sont perdus … Je ne lui en veux pas.

En parlant d’enfants, tous deux venaient d’atteindre le stand des poupées en porcelaine et Eulalie aperçut une miséreuse petite fille qui n’avait d’yeux que pour l’une d’entre elles. N’écoutant que son bon cœur, la duchesse la lui offrit et la fillette partit, la joie inscrite sur son visage.

- Mademoiselle, puis je aller faire un tour du côté des stands de tir, j’ai promis à ma Denise de lui rapporter un cadeau.

- Mais bien sûr, allez y mais faites bien attention aux paquets surtout. A tout à l’heure, nous nous retrouvons à la calèche.

Le cocher s’éloigna et Eulalie resta à admirer le travail de la personne qui tenait le stand des poupées. L’art se trouve partout. Mais voilà qu’un second individu venait de l’agripper …

" Mademoiselle ! Dieu merci je vous cherche depuis près d’une heure ! Venez vite, il faut rentrer à Chantilly, le géné…euh…monsieur le duc vous y attend de toute urgence ! "

Clélie Corbier Gastins ? Que faisait-elle ici ? Un drame avait-il secoué Chantilly durant son absence ? Rentrer à la maison ? Pourquoi ? Eulalie était tellement stupéfaite, que sa bouche s’ouvrit pour parler mais aucun son ne sortit …

A peine avait-elle eu le temps de réaliser que la jeune fille la tirait derrière des stands comme si un danger imminent les guetter. Comme si elles se cachaient de quelqu’un. Un terroriste ? L’endroit était idéal et le moment bien choisi pour un attentat en effet … En tout cas, l’attitude de Clélie ne la rassurait pas du tout. Son cœur tambourinait dans sa poitrine et c’était bien de la peur …

" Ne me demandez pas ce que je suis en train de faire ! J’obéis simplement aux ordres du duc ! Mais dites-moi, mademoiselle, avez-vous croisé quelques personnes…mmmh…peu…recommandables, disons ? "

Lorsqu’elle lui posa cette question, l’image de l’homme qui l’avait heurtée quelques minutes auparavant lui revint à l’esprit.

- J’ai en effet croisé un inconnu qui m’a bousculée, dans l’allée où vous m’avez trouvée. Mais je suppose que c’était dû à une maladresse de sa part. Mais pourquoi cette question ? Que se passe t-il à la fin ? Comment se porte mon parrain ? Un danger le menace ?

Tout à coup, ses yeux se rivèrent vers l’inconnu en question qui semblait scruter les alentours à la recherche de quelqu’un … Les propos de Clélie la rendait-elle paranoïaque, toujours est-il qu’elle ne put s’empêcher de s’exclamer :

- C’EST LUI ! C’est l’homme dont je vous ai parlé !
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Clélie Corbier-Gastins

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MessageSujet: Re: Champ de foire et champ de bataille [Eulalie&Clélie]   Mar 21 Juin - 22:23

Clélie retint son geste, les yeux écarquillés à la réponse d’Eulalie.

-Un inconnu ? Louche, dites-vous ?

Clélie s’arrêta dans son geste, tenant encore le bras de la jeune fille dans sa main. Elle jeta quelques coups d’œil alentour. Si l’inconnu les avait suivi, il devait évidemment encore les voir à l’instant présent. Peut-être même attendait-il qu’elles s’éloignent de la cohue pour agir ! Cet inconnu d’Eulalie ne pouvait qu’être son voleur, ou tout sbire attaché à celui-ci…peut-être même pouvait-il s’agir de cette homme qu’elle venait de croiser !
Son cœur ne fit qu’un bond dans sa poitrine, mais elle conserva son calme et respira calmement pour ne pas effrayer Eulalie. Elle réalisa alors qu’elle n’avait pas répondu aux questions de la jeune fille. En cas de panique, l’information primait. Elle détacha son regard du stand où elle avait aperçu la mine patibulaire et regarda la jeune fille.

-Votre parrain se porte…euh…bien, si l’on peut dire, mademoiselle. Sa goutte, vous comprenez, dit-elle brièvement avant de jeter un autre regard au loin. Et aucun danger ne le menace directement, soyez sans crainte !

Elle se mordit aussitôt la lèvre et lâcha le bras d’Eulalie. Idiote ! Avait-elle été obligée de rajouter ce simple mot de « directement » !

-Enfin, reprit-elle visiblement gênée, je veux dire que votre parrain a toujours des ennemis politiques, c’est bien normal…qui possède des ennemis est donc toujours en danger…mais vous comprenez, pas un danger direct, un danger pour sa place…euh. Elle s’arrêta, observant la jeune fille. Eulalie des Isarns devait la prendre pour une parfaite imbécile. Il se porte bien, conclut-elle dans un sourire, tâchant de l’assurer sur ce point !
Elle détourna à nouveau son regard d’Eulalie pour scruter les alentours. Par où quitter la fête sans être trop visibles ? Derrière les stands ? Trop peu de monde et un rodeur ne penserait qu’à cette cachette ! En se faufilant dans la foule, et risquer qu’il les poursuive ? Impensable. Reprenant une certaine contenance après sa courte déconvenue, Clélire soupira d’agacement. Elle ne trouvait aucune porte de sortie valable et chacune représentait un risque certain. Elle songea au duc, à sa fenêtre brisée, à cette histoire de testament. Elle pivota à nouveau vers Eulalie, le sourcil froncé.

-Mademoiselle, croyez-vous que…
Mais le cri de la jeune fille l’interrompit brutalement.

- C’EST LUI ! C’est l’homme dont je vous ai parlé !

Le sang de Clélie ne fit qu’un tour et son regard se tourna instinctivement vers l’homme qu’elle-même avait déjà aperçu auparavant. Il la suivait et pire encore, il les suivait toutes deux ! Cherchait-il des informations sur Eulalie ? Etait-ce en rapport avec ce testament ? Si tel était le cas, il voulait certainement le récupérer, comme tous les autres papiers qu’elle avait pu conserver.
Elle agrippa le bas d’Eulalie et brusquement, la poussa derrière le stand. L’homme, les ayant vu, s’était rapproché en bousculant les gens dans la mêlée. Il n’y avait aucune seconde à perdre : il fallait prendre son courage à deux pieds et fuir.

-Vite, Eulalie ! Dépêchez-vous, faufilez-vous ici, la pressa-t-elle en soulevant le auvent du stand sous les cris de protestation de la femme qui le tenait !
Elle lui prit la main dès qu’elle fut passée de l’autre côté et sans prêter attention au moindre protocole inutile, entraîna Eulalie à sa suite dans les allées derrières les stands.

-Attention aux fils qui tiennent les tentures !... ici, une gamelle d’un chien, ne mettez pas le pied dedans !... Soulevez votre robe, il y a une flaque de vin puant !

Elle ne cessait d’encourager la jeune fille, mais l’épaisse robe la gênait évidemment pour courire. Peste soient ces toilettes encombrantes ! Mais observant la jeune fille soulever sa robe, Clélie eu un éclair de génie. Elle s’approcha d’Eulalie et jeta un œil aux coutures.

-Pardon, mademoiselle, commença-t-elle essoufflée, mais me permettrez-vous une chose ? Je crains que le temps ne presse et d’ailleurs, même si vous n’êtes pas d’accord, je le ferais néanmoins !

Elle n’attendit pas la réponse de la jeune fille et d’un geste brusque, coupa à s’ens cier les doigts, les fils qui maintenait la robe. Elle tira brusquement dessus et le jupon opaque apparu. Celui-ci tombait jusqu’à terre.

La robe à la main, Clélie observa le chef d’œuvre, un sourire satisfait aux lèvres.

-Vous pourrez vous plaindre si vous le souhaitez, mais vous serez bien plus à l’aise pour échapper à …..ce qui arrive derrière nous, termina-t-elle d’un ton de terreur, voyant une ombre massive s’approcher du stand où elles se tenaient !
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Eulalie des Isarn
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MessageSujet: Re: Champ de foire et champ de bataille [Eulalie&Clélie]   Mer 20 Juil - 21:10

Quatre heures, voilà seulement quatre heures qu’elle avait quitté Chantilly et son parrain ! Eulalie savait que le destin pouvait frapper en l’espace d’une seconde, mais comme bien des humains, la jeune noble en faisait l’amère expérience. Le pire dans cette situation contrariante était le silence de son interlocutrice. Pourquoi devaient-elles se cacher ? Pourquoi semblait-elle la chercher depuis plusieurs minutes à présent ? Pourquoi Clélie avait-elle quitté le duc alors que leur entretien ne venait que de commencer, lorsque elle-même venait de partir pour Paris ? Autant d’interrogations sans réponses, juste ce mystère et leurs yeux rivés sur l’inconnu du marché …

" Votre parrain se porte…euh…bien, si l’on peut dire, mademoiselle. Sa goutte, vous comprenez. Et aucun danger ne le menace directement, soyez sans crainte ! "

Pourquoi avait-elle hésité dans sa volonté de la rassurer ? A présent Eulalie ne pouvait que lui en vouloir de laisser planer un doute involontaire mais suffisant pour l’alarmer ! Son parrain n’était plus très jeune et en outre cette récente chute de cheval, n’arrangeait rien. La jeune fille vit défiler devant ses yeux terrorisés autant de scénarii dramatiques où le seul être cher qui lui restait, ne se relevait plus.

- DIRECTEMENT ?

Elle lâcha ce mot à en épelant presque toutes les syllabes comme pour signifier qu’elle désirait en savoir beaucoup plus. La demoiselle Corbier Gastins s’imaginait-elle que cette simple explication allait lui suffire ? On voyait bien que son père était vivant LUI et hormis les aléas de son métier, ne courait pas de dangers …


- Et indirectement s’il vous plait ?

Soit gênée elle-même par sa maladresse première, soit interpellée par les propos d’Eulalie, Clélie s’empressa d’ajouter quelques mots …


" Enfin, je veux dire que votre parrain a toujours des ennemis politiques, c’est bien normal…qui possède des ennemis est donc toujours en danger…mais vous comprenez, pas un danger direct, un danger pour sa place…euh ... Il se porte bien …"

Cette demoiselle avait encore bien des cours en prendre en matière de psychologie, c’était indéniable. Mais face à son sourire et à son malaise évident, la jeune duchesse des Isarn préféra capituler pour l’instant et de se contenter de ces maigres éclaircissements. L’urgence n’était pas apparemment à Chantilly mais ici même. Cachées comme lors des évènements de la Commune, quiconque les aurait vu aurait pensé qu’elles avaient pris place derrière une barricade. Mais contre quel ennemi au juste ? Et dire que quelques instants plus tôt, elle offrait une poupée en porcelaine à une petite fille, à mille lieues de se douter qu’elle se réfugierait derrière un stand pour se cacher d’un ennemi fantôme. Clélie scrutait les alentours, comme un fin limier l’aurait fait, avant de fondre sur un criminel, ou comme une proie pour s’échapper des griffes d’un chasseur. Rien de bien rassurant, en somme …

Elle n’eut pas le temps de réfléchir plus avant au pourquoi du comment, car elle venait de se faire proprement agripper par la demoiselle pour courir. Courir ? Elle ne portait pas tellement les vêtements prévus à cet effet, et qui plus est elle se retrouvait encombrée d’éventail, d’ombrelle et d’un petit sac. Elle était plutôt affrétée pour une réception mondaine ; non pour un marathon où il s’agissait de fuir ! Fortement gênée par le bas de sa robe à tournure, ses petits pas lui paraissaient ridicules et elle sembla voir sur son passage quelques sourires moqueurs. Des cris, des aboiements ou des bruits métalliques sous les talons de ses hautes bottines également lui parvinrent, mais elle ne devait pas se détourner sous peine de se faire kidnapper par l’homme qui les suivait.

Elle se devait de rester auprès de sa protectrice, qui la tirait et la guidait. D’ailleurs ses indications d’orientations auraient pu prêter à rire en d’autres circonstances. Mais à cet instant précis, prise de panique et essoufflée par cette cavalcade sans fin parmi les stands, elle ne pensait qu’à sauver sa vie. C’était à ne plus rien comprendre, pourquoi quelqu’un voudrait-il s’en prendre en elle ? Etait-ce parce qu’on voulait atteindre le duc par ce moyen ? En effet, la jeune femme ne savait que trop bien qu’elle restait le seul et unique point faible de son parrain, depuis la mort de ses deux fils. Ils étaient aussi indispensables l’un à l’autre, elle car il remplaçait son père, lui car elle remplaçait ses filles morts nées. Il aurait pu en mourir s’il apprenait qu’on avait osé lui faire le moindre mal … Inquiète non seulement pour ses jours mais aussi pour ceux de son cher Aumale, elle suivait donc docilement Clélie.

Cependant, au plus fort de leur fuite cette dernière jugea bon de s’arrêter pour … pour découdre littéralement sa robe qui s’ouvrit en un craquement sinistre faisant apparaître devant tous ses jupons ! Eulalie ne put que laisser échapper un cri offusqué mêlé de honte et de gêne. Une robe créée par une Rose Bertin des temps modernes, la pauvre créatrice en serait décédée sur le coup à n'en pas douter ! Cette demoiselle Corbier ne manquait pas d’audace, mais sous la stupéfaction elle ne put piper mot et c’est sous l’effarement général qu’elles reprirent leur course.

Au loin, Félicien venait d’avancer la calèche aux armes d’Aumale qu’elle aurait reconnu entre mille, tout comme ils en avaient convenu avant leur séparation. Débarrassée en effet de l’entrave de ses froufrous, elle dépassa Clélie qu’elle agrippa à son tour par le bras pour la conduire dans cet endroit sûr.


- Je sais où nous serons en sécurité ! Venez !

Lorsque le pauvre cocher se retourna après avoir déposé sur le toit de la voiture les paquets de leurs achats, il manqua se trouver mal de saisissement. Eulalie se doutait bien de la raison qui n’était autre que sa tenue déchirée seyant mal à une demoiselle respectable, mais ô diable les convenances pour l’heure ! Elles devaient atteindre la voiture … Elles devaient … Alors qu’elles y parvenaient enfin, ne regardant que droit devant elle, elle ne vit que trop tard une corde plantée au sol pour soutenir les tentures des stands. Son pied droit se prit dans le fil et Eulalie chuta violemment à terre. Elle se cogna alors la tête contre une pierre.

Tout ce qu’elle entendit par la suite ne fut que sons étouffés et voix très lointaines. Tout ce qu'elle sentit ne fut qu'un liquide froid couler le long de sa tempe ...
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