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 Démonstration de force (Privé)

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Patrice de Mac Mahon
    Républicain, Fier de l'être
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    Messages : 16
    Date d'inscription : 17/11/2010

    Jardin Secret
    Et cette brèche?: Quelle brèche ? Pfff ! Mensonges !
    Et le coeur?: Possédé par une fille du diable...
    Un secret?: J'ai tenté de noyer mon petit frère autrefois, le pire c'est que j'éprouvais du plaisir à lui maintenir la tête dans l'eau...
MessageSujet: Démonstration de force (Privé)   Lun 23 Mai - 21:42

C'était enfin le grand jour... Depuis l'entrevue avec son père, les choses avaient quelque peu changé pour le jeune homme. Comme convenu et ordonné par le patriarche, il avait fait un splendide discours sur Victor Noir, victime malheureuse d'un Bonaparte et symbôle populaire hors-norme. L'auditoire avait été admiratif. Il émanait du jeune homme un certain charisme. Il était un bon orateur, il avait le ton rigoureux d'un homme d'état et la diplomatie nécessaire pour mettre tout le monde d'accord. Les Ministres avaient d'ailleurs retourné au vieux MacMahon, leur admiration et leurs appréciations, en majorité positives. Le vieil homme avait fait mine de sourire mais la soudaine réputation de son fils le dérangeait. Il avait toujours veillé à l'écarter de la vie politique pour ne pas l'avoir comme adversaire. Pourtant, en voulant lui donner une mission d'arrière-plan, il l'avait projeté sur le devant de la scène. Il marqua le coup par une froideur extrême encore plus imposante que d'habitude. Les gens autour de lui jugeaient que son fils avait dans une certaine mesure fait le jeu du Gouvernement et de la République, en portant haut et fort les principes même du régime. Il dut se résigner à cette popularité et misa sur son côté éphémère. Pour l'instant, il avait galvanisé la foule, oui. Mais dans quelques temps il se dit que tout allait retomber et tant mieux. Idéologiquement, son fils avait rompu avec les principes conservateurs qu'il défendaient ardemment. Depuis la Commune, il n'était plus le même, il avait des tendances socialistes... Les valeurs qu'il défendaient seraient broyées par son camp et il renverrait son fils dans ses cordes, simplement et proprement. En fait, il croyait lui avoir donné un sale boulot. Cela faisait longtemps que l'avis populaire ne l'intéressait plus, tout était question de pouvoir et de richesse. Il ne voulait pas être impliqué directement dans l'affaire d'un vulgaire journaliste assassiné dans une rue par un cousin impérial. Et comme Patrice pouvait faire le travail à sa place, il avait joué cette carte "joker". Avec bien sûr dans l'idée que si ça tournait mal ou au ridicule, il pourrait s'en servir comme bouclier. Ses plans avaient échoué, à son plus grand dam. Et manque de chance, la liesse politique avait pris forme autour de la personnalité de son fils aîné.

Résultat, la pression était croissante et pour ne pas provoquer sa possible chute, il montra une fierté hypocrite mais dont le leurre suffisait à cacher la vérité. Patrice avait été informé des jours plus tôt de l'existence de la brèche, à laquelle il ne croyait pas. Son père le fit venir dans son bureau pour un entretien très bref marqué par le mépris qu'il lui réserva et il lui indiqua qu'il rencontrerait le Roi de France. Il était toujours aussi sceptique à ce sujet. Pour le jeune homme, ce pseudo-monarque n'était qu'un illustre charlatan envoyé par la bourgeoisie pour semer le trouble et renverser la République. Et ça, il était hors de question qu'il le cautionne. Il avait d'abord envisagé de refuser mais voyant que son père avait été hésitant et plutôt enclin à leur parler, il s'était ravisé et avait fait le choix de porter les négociations et le dialogue lui-même. Il aurait toutes les cartes en main pour agir et ce n'était pas plus mal. Sans le savoir il arrangeait les plans de son père qu'il ne soupçonnait pas de vouloir restaurer la Monarchie. Patrice n'avait certainement pas l'intention de se montrer tendre envers les imposteurs, aussi long eut été leur voyage. Et il avait déjà prévu de lui-même une méthode pour que les choses se déroulent à sa façon et que son intervention soit la plus claire possible. Il voulait faire passer un message clair et limpide. Quoi de mieux pour ce message qu'une démonstration pratique ? Il se fit un sourire élégant dans le miroir. Ses yeux bleus se posèrent sur ses dents blanches. Il savait une chose, le sourire, en diplomatie comme en amour, c'était capital. Cela montrait qu'il avait un niveau de vie assez sain et de visu, on lui trouvait une élégance fort utile dans tout dialogue. Il termina de se préparer pour la rencontre. Son costume était sobre, à l'image de ce qu'il voulait donner. Il se fit escorter jusqu'au Palais Bourbon par un cocher et descendit dans la petite cour de derrière. Il ne se mêlerait pas à la foule tout de suite, il devait attendre d'avoir pu parler avec ces pseudos membres de la famille royale ayant échappé à la décapitation sur place publique.

Il fit décharger un objet sous couverture de la malle et prit le masque qu'il allait devoir porter par la suite. Alors qu'il était entré dans la pièce déserte, un homme lui annonça qu'un certain Eugène Montier souhaitait le rencontrer. Patrice consentit à lui accorder audience après avoir vérifié l'heure à sa montre à gousset. Il savait qui était le brave, puisqu'il l'avait lui même engagé comme détective privé. Son rôle était de retrouver la trace de sa cousine, Zita, à laquelle il était promise d'ailleurs. Elle avait disparue depuis un moment et ne donnait aucune nouvelle. Patrice était inquiet de ce silence, qui selon lui ne présageait rien de bon. Montier ne lui donna aucune bonne nouvelle. Il n'avait toujours pas de piste et espérait visiblement en trouver une, ce soir, dans la salle du bal. Patrice haussa des épaules, visiblement résigné à devoir attendre encore et encore. Ne pas savoir l'insupportait et son père l'énervait au plus haut point, puisqu'il n'engageait aucune recherche. Il fallait battre les bois, les villages, les montagnes pour mettre la main sur elle et lui sauver peut-être la vie. Au lieu de ça, le vieux MacMahon restait impassible et ne bougeait pas un pouce. Parfois, son fils aîné sentait son tempérament diplomate s'enfuir et laisser place à quelque chose d'autre... d'inexplicable... en clair, il lui aurait volontiers balancé le premier objet qui lui passait sous la main dans la tête. Il congédia le détective en lui ordonnant de le tenir au courant de toute l'avancée de son enquête. Il se trouva à nouveau seul dans la pièce où une table avait été installée au milieu avec l'objet caché sous le drap blanc. C'était une antichambre carrée, d'une petite superficie et chaudement décorée par des dorures et des tapis de couleur rouge.

Il attendit un bref instant et le Roi entra enfin dans ce lieu de réunion, fort insolite. Il posa son regard sur celui qui se prétendait encore tête couronné sur les épaules, en se disant qu'il avait de la chance que les républicains soient devenus plus civilisés que naguère. Il demeura impassible ne souhaitant pas donner l'impression de les haïr ni de trop les aimer. Il devait d'abord tirer cette affaire au clair et rien de mieux pour cela qu'un bon brin de pression psychologique. Il serra la main du monarque, comme il était coutume en diplomatie de faire. Et il se présenta, comme le voulaient les règles de politesse.


- Je suis Patrice de MacMahon, le fils du Président, qui n'a pu venir pour des raisons personnelles. Il s'en excuse, d'ailleurs. Il m'a chargé de vous réserver l'accueil le plus chaleureux et de faire en sorte que votre visite reste un bon moment... un moment inoubliable.

Il accentua ces derniers mots, on aurait dit une forme d'enthousiasme. Et ça, on peut dire qu'il en ressentait mais que ça ne serait certainement pas bon pour le Roi...
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Maître du Destin

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Date d'inscription : 03/12/2010

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Et cette brèche?: Je serai fou de ne pas la connaître alors qu'elle me donne deux fois plus de besogne !
Et le coeur?: Il y a la Vie et la Mort mes deux soeurs jumelles !
Un secret?: Ne le dites à personne, mais j'ai été défié et vaincu en 1131 par une certaine Agnès !

MessageSujet: Re: Démonstration de force (Privé)   Mar 31 Mai - 15:22

Aujourd’hui, c’est toi que j’ai décidé de suivre pas à pas, Philippe ! Tu me permettras j’en suis sûr cette familiarité entre nous, je connais ta naissance prestigieuse, je n’ignore pas que tu es Roi de France, mais Attila lui-même a couiné comme un enfant lorsqu’il m’a vu en face. C’est mon devoir d’être intime avec ceux que je côtoie un jour ou l’autre jusqu’à ce que ma sœur : la Mort vienne vous chercher. Aucune barrière, aucun protocole donc … et laisse moi donc te regarder ! Fier et majesteux, tu reviens de la chasse royale où tu as été absolument prodigieux, dis toi bien que je n’en aie pas perdu une miette ! A présent les domestiques tournent autour de toi, certains portant tes habits de cavalier et d’autres pliant sous le poids de ce que tu vas revêtir pour ce bal …

Tu te plonges dans ton bain, en proie à des pensées glauques demandant qu’on te laisse seul, mais tu ne l’es pas Philippe tu le sais bien. Tu es seul avec ton destin, ce qui est pire que tout, et tu te poses justement une question cruciale au milieu de cette vapeur d’eau. L’idée d’avoir enlevé cette jeune fille, cette pauvre Zita de Craon te tourmente, la culpabilité te ronge, le remords de la séquestrer t’obsède ! Pourtant il n’est plus temps de regretter tes gestes passés Philippe, ce qui est fait est fait ! La question qui se pose à cette minute est : Vas-tu aller jusqu’au bout ?

Oui bien sûr que tu vas y aller et tu le sais au fond de toi ! Une seule personne a osé me défier au cours de ma très longue vie, je sais pertinemment que c’est ton ancêtre Agnès de Garlande et tu vois ce que ça a causé ? Une brèche qui ne t’apporte que problèmes et soucis. On ne me bafoue pas sans en récolter quelques malheurs. C’est d’ailleurs pour cette raison que je veille au grain maintenant. Une rebelle dans la famille ça suffit amplement ! Tu vas donc m’obéir suis-je clair ? Aux questions qui trottent dans ta tête, comme les aiguilles d’une montre trotte dans la pendule que tu fixes, tu vas répondre affirmativement. Oui tu vas donner l’ordre qu’on amène discrètement Zita au palais ! Oui elle sera à ton bras quand tu iras au bal des muets ce soir ! Oui ça provoquera des ragots du côté de tes courtisans, mais qu’importe !

- Gardes, allez chercher mademoiselle de Craon chez les de Monceau et gardez la à vue dans le salon de Garlande.

Ah tu te décides ! Enfin tu te soumets à mes volontés tout comme tes hommes d’armes obéissent aux tiennes ! Le pouvoir est grisant n’est ce pas Philippe ? Cependant nous n’allons pas rentrer dans des réflexions philosophiques, tu as bien d’autres choses à faire ce soir. Tu vas faire la connaissance pour la première fois d'un représentant officiel de l’autre monde, de l’autre histoire, un président de la République. Ne fais donc pas cette tête, je sais bien que tu appréhendes mais il faut que cette rencontre au sommet ait lieu ! Oublie cette peur de passer la brèche ! Il est hors de question que tu te dérobes, tes ministres comptent sur toi ! Donc pas de caprices de dernière heure, tu vas appeler tes serviteurs pour qu’ils te mettent ce bel habit …

- Pierre, mon costume de bal, je te prie …

C’est un plaisir de discuter avec toi Philippe ! Allez, pendant que tu te pomponnes, permets que j’aille voir du côté du salon de Garlande, où ta fiancée ou plutôt la promise d’un autre, attend ton bon plaisir ! Comment tu ne sais pas que Zita et Patrice de Mac Mahon sont promis l’un à l’autre ? Bah, tu devrais l’apprendre bien assez tôt … Oh mais quelle magnifique robe, tu es généreux Philippe ! Et ce visage, vraiment toute la tête d’Agnès ! Vous serez éblouissants tous deux ce soir, enfin si elle arrive à faire l’impasse sur ses appréhensions.

Te voilà toi-même superbe dans ce costume chatoyant, et même avec ce loup on ne pourrait se tromper sur ton ascendance royale ! Mais il n’est plus temps de se regarder dans le miroir, c’est l’heure et le chemin des mosaïques n’attend plus que toi. C’est là que Louis de Marsailly traverse la brèche pour se rendre dans l’autre monde. Ce petit tunnel sombre mène directement à la Salle des Pas Perdus où tu as rendez-vous avec cet autre chef d’Etat.

Cinq petites minutes et nous y voilà ! Tu vois bien que ce n’était pas la mer à boire ! Ne cherche pas à deviner qui est qui dans la foule qui se presse déjà devant les buffets, n’oublie pas que c’est un bal où rien ne peut être dit, seule la musique et le chant sont les maîtres ce soir. Toi-même tu vas devoir passer dans cette antichambre qui jouxte la grande Salle, pour ne pas déroger à la règle. Allez laisse ta fiancée sous la surveillance de Philippa de Monceau et souffle un bon coup ! On y va ! A l’intérieur, un jeune homme, oui je sais que tu t’attendais à voir un vieil homme mais que veux tu ce sont les aléas du destin ! Pardonne moi je suis tellement joueur, mais ça ne change en rien ta mission … Le père vaut bien le fils !

" Je suis Patrice de MacMahon, le fils du Président, qui n'a pu venir pour des raisons personnelles. Il s'en excuse, d'ailleurs. Il m'a chargé de vous réserver l'accueil le plus chaleureux et de faire en sorte que votre visite reste un bon moment... un moment inoubliable. "


- J’ose espérer que ces raisons ne prêtent pas à s’inquiéter pour sa santé. Je vous remercie de le remplacer aussi bien auprès de moi et de recevoir ma cour avec autant d’amabilité au vu des circonstances particulières. Je ne doute pas que ma visite ici sera inoubliable monsieur de Mac Mahon, ce n’est pas tous les jours que deux France se rencontrent.


C’est bien d’être exquis Philippe mais surtout ne baisse pas ta garde, malgré votre chaleureuse poignée de main, le petit Mac Mahon peut mordre, son sourire cache pas mal de crocs acérés.

- Puisque nous sommes à présent réunis, peut-être pourriez vous m’éclairer sur l’Histoire de cette France qui vous est propre ? Pour que nous puissions engager des négociations fructueuses, autant nous connaître les uns, les autres.

Mauvaise idée Philippe, si tu savais ce qu’il cache sous un tissu blanc …

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Patrice de Mac Mahon
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    Et cette brèche?: Quelle brèche ? Pfff ! Mensonges !
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    Un secret?: J'ai tenté de noyer mon petit frère autrefois, le pire c'est que j'éprouvais du plaisir à lui maintenir la tête dans l'eau...
MessageSujet: Re: Démonstration de force (Privé)   Lun 27 Juin - 22:08

Se pourrait-il que cet homme soit réellement sincère et qu'il existe bel et bien une autre France, royaliste ? Patrice posa ses yeux bleus sur l'accoutrement de son interlocuteur. Il avait un code vestimentaire différent et une façon de s'exprimer assez... bluffante. Il faisait vraiment charismatique. A n'en point douter, il s'agissait d'un meneur de jeu, meneur de danse, d'un homme suffisamment intelligent pour paraître royal. L'était-il vraiment ? Le jeune républicain se refusait à le croire. Depuis des années, ils avaient rompu avec la Monarchie. Ils venaient de sortir d'un Second Empire, qui soit dit en passant avait été catastrophique sur le plan des relations diplomatiques. La République avait fait son retour en force et il était hors de question de la remettre en cause d'une quelconque façon. Rien que le fait qu'il rencontre un prétendu Roi n'aurait jamais du arriver. Il existait des internats pour personnes en proie à ce terrible mal qu'était la folie. Et dans ces internats, on mettait parfois aux individus jugés dangereux une camisole de force pour réduire à néant sa dangerosité. Il jugeait cet imposteur assez dangereux, puisqu'il avait réussi à trouver des complices pour monter une vraie-fausse Cour. Intérieurement pourtant, Patrice releva qu'il paraissait insouciant. Son interlocuteur ne se comportait pas comme les autres monarques. Quand MacMahon se rendait à l'étranger pour rencontrer des personnes de sang royal, il avait toujours lu dans leurs regards, non sans une grande satisfaction personnelle, la crainte et la méfiance. Or lui avait visiblement la conscience tranquille et la soif de connaissance. Soit il jouait un double jeu, soit il était vraiment un Roi. Patrice fut tenté d'aborder le passage de Louis XVI sur la guillotine et de son "boulet" de femme par la même occasion. Mais il n'oubliait pas qu'il devait être diplomate. Après tout, rien ne servait d'aller directement droit au but quand il pouvait discuter et étudier son adversaire, pardon, son interlocuteur. Habitué à avoir un raisonnement redoutable et aiguisé, Patrice ne jouait pas avec les affaires de la plus haute importance. Il était au contraire encore plus méticuleux et prudent. Dans bon nombre de pays voisins, la France était une sorte d'hérésie. Il devait donc s'imposer mais se montrer diligent afin d'empêcher aux tensions de pousser sur le terreau de la haine ambiante. Il eut un sourire de circonstance et répondit, aimablement, bien que déterminé à tirer cette histoire au clair :

- Votre voyage a du être long. Permettez-moi de vous proposer de quoi vous désaltérer. Je m'en voudrais de savoir que vous avez fait tout ce chemin pour ne trouver ici aucune cérémonie d'accueil digne de votre rang. Je vous aurais bien invité à prendre place sur une chaise, mais nous n'avons pu en trouver de suffisamment confortable et disponible. Cela ne doit guère empêcher un petit instant de repos. J'imagine que vous devez prendre quelques forces avant de continuer. Laissez-moi donc vous présenter quelques mets en plus. Maurice !

Un homme d'une soixantaine d'année entra alors dans l'antichambre, avec un plateau joliment décoré et préparé. De taille moyenne, il avait des vêtements somme toute assez modeste, illustrant bien sa condition de serviteur. Sur le service qu'il posa sur la table, juste devant l'objet couvert du drap blanc, se trouvait un morceau de pain, quelques fruits et une théière d'où sortait un petit volute de fumée. L'individu remplit deux tasses du liquide bouillant puis s'éclipsa. Patrice le remercia au passage et observa une nouvelle fois son "invité". Il voulait en apprendre plus sur la France. Tiens donc ! Le jeune homme eut la désagréable sensation d'être pris pour un imbécile à cet instant précis. Il n'aimait pas ressentir ce genre de choses. Cela le laissait plutôt nerveux. Mais rira bien qui rira le dernier, se disait-il intérieurement. Pour l'instant, les choses étaient cordiales, cependant, Patrice avait prévu différentes façons pour faire comprendre à l'homme qu'il pensait être un imposteur que la comédie avait assez duré. Il lui était difficile dans le même temps, de croire que son père ait pu gober une folie aussi farfelue. En général, il était plutôt rationnel et pragmatique. N'aimant pas beaucoup les éléments qu'ils ne pouvait pas toucher et voir d'eux-même, les Mac Mahon n'accordaient que peu d'intérêt aux fables et aux utopies. Ils préféraient concrétiser les actes. Et là, Patrice décida d'avancer ces plans pour faire comprendre au sinistre individu devant lui que la conversation commençait très mal. Le regard pétillant et le visage inexpressif, il reprit la parole :

- J'ai un cadeau pour vous. Il se trouve sous ce drap blanc, que je vais avoir l'honneur d'enlever. Permettez-moi, juste avant de vous raconter l'Histoire de France, ou du moins une partie. Il y a de cela quelques années, le peuple, appauvri et exploité par des siècles de Monarchie a pris la décision de se rebeller. La Révolution était née. C'est à elle que nous devons la République et la Démocratie. Mais les ennemis de la République sont nombreux, très nombreux. Ils n'aspirent qu'à une chose rétablir la Couronne qui bien évidemment sera de leur lignée. Or la France a pris un tout autre cap, elle choisit son Chef pour un nombre d'années limité. Elle ne vit plus dans l'asservissement, les populations se sont émancipées. Et même si par trois fois, un Despote a tenté de spolier sa souveraineté, cette époque là est fort heureusement révolue. Mais j'en viens à mon offrande, cher ami. Admirez ce cadeau, cette merveille de technologie !

D'un geste de la main il ôta le drap blanc pour dévoiler une maquette. Mais pas n'importe quelle maquette ! Celle-ci n'était ni plus ni moins qu'une guillotine qu'il avait faite monter par un artisan fort doué. Il garda un oeil sur son interlocuteur pour analyser sa réaction et tout en l'observant, il plaça un cylindre de bois sur l'échafaud, le fit légèrement avancer, puis dans un geste sans pitié, il abattit la longue lame de fer dessus. Il y eut un claquement sourd et grave, alors que le haut du petit rondin de bois tomba sur la table dans un bruit sinistre. Patrice esquissa un sourire. Si avec ça le message à cet imposteur n'était pas clair ! Il reprit la parole, très jovial :

- Ceci est un des symbôles de notre République, de notre France. Je vous l'offre pour que vous gardiez en souvenir cette sublime invention qui a différentes utilités, comme vous venez de le voir et qui d'ailleurs au départ, servait à trancher des membres avant qu'ils ne propagent la gangrène. Mais je vous en prie, vous prendrez bien un peu de thé, n'est-ce pas ? Oh, j'allais oublier ! Faîtes attention à la lame. Elle est très affûtée. Il ne faudrait pas que vous vous tailliez... je m'en voudrais considérablement voyez-vous.

Une phrase lourde de sens pour un traître mais pour un véritable Roi, cela s'apparentait à la bienveillance. Et le regard pénétrant de Patrice à de la curiosité, de l'impatience. Le jeune homme remit la lame à sa place et continua d'attendre une réaction. Le message était clair pour lui et il l'aurait été pour n'importe qui d'autre. Sauf que Philippe n'était pas n'importe qui et il n'avait probablement pas fait le lien entre la guillotine et la Révolution... pas encore ?
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