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 Isabelle de Sérouville - de l'art de l'Ambition

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Isabelle de Sérouville
Tyrannic Squaw
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Messages : 192
Date d'inscription : 30/05/2010

Jardin Secret
Et cette brèche?: Une brèche? quelle brèche?
Et le coeur?: Anciennement brisé par un traître, il bat aujourd'hui pour mon fiancé...mais chut, il ne doit pas le savoir!
Un secret?: J.F. cherche comploteurs pour écarter Alice de France. Ecrire sous ref. au journal.

MessageSujet: Isabelle de Sérouville - de l'art de l'Ambition   Mar 2 Nov - 17:14





Isabelle de RHUYS-SEROUVILLE


par __[Ashley Greene]__




Mon identité complète:Isabelle, Alexandrine, Victoire de Rhuys-Sérouville
Je suis né(e) le:21 janvier 1851
Je suis:duchesse de Rouvroy et d'Aizécourt; princesse héritière de Rhuys.
Je suis également par ma mère cousine germaine du roi de France Philippe XV.


Je viens:
♦de cette brèche où ton Louis XIV m'est totalement étranger !



Cette brèche:
♦Je n'en sais encore rien;

Quelles sont mes intentions:

Pauvre enfant royale que je suis! Me voilà mise sur le banc des héritiers secondaires! Me voilà reléguée à la place des traîtres et des comploteurs et qui plus est, me voilà descendante de la plus instable Maison française, celle des Rhuys-Sérouville.
Mon destin est tracé par l'ambition et le désir de pouvoir: je ne veux pas un trône, mais je veux être aux pieds de celui-ci et que celui-ci qu'il reçoit m'écoute et me suive.
Si ce monde, cette cage dorée dans laquelle le suis venait à s'effondrer, si le but que je me fixe ne peut être atteint, rien ne serait plus terrible pour moi! Un autre monde où les puissants sont choisis par leur peuple ne peut exister! J'en perdrais ma place de choix!
Mais j'en oublie l'amour que le peuple me porte: en y repensant, n'aurais-je pas quelques chances d'être choisie par lui?





Prénom et/ou pseudo:Tro d'amûr
Age:24 patates.
Comment avez-vous connu le forum?Par l'intermédiaire d'une cousine méga éloignée que j'ai connu par le beau-frère de l'oncle de la belle-soeur de ma grand-mère. En gros j'en suis l'admin et la graphiste.
Pourquoi ce personnage?...
Fréquence de connexion:Tous les jours mon capitaine!
Code du règlement:okay by moi
Question? suggestion? petit mot?Nope!


***********************
La plus grande ambition n'en a pas la moindre apparence
lorsqu'elle se rencontre dans une impossibilité absolue
d'arriver où elle aspire.


Dernière édition par Isabelle de Sérouville le Dim 7 Nov - 21:02, édité 1 fois
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Isabelle de Sérouville
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MessageSujet: Re: Isabelle de Sérouville - de l'art de l'Ambition   Dim 7 Nov - 21:00





1873

Le vent soufflait sur les plaines de l’Orne, faisant virevolter les cheveux bruns de la jeune cavalière. Isabelle repoussa d’une main ferme la mèche qui lui barrait le visage et scruta silencieusement l’horizon, le cœur battant. Elle ne pouvait encore apercevoir ce qui se dessinait au lointain, les brumes matinales étouffant la vue, mais elle espérait deviner le grouillement des hommes prêts à combattre.

-Cesse d’espérer en vain, Isabelle. Auguste ne lancerait jamais après son propre frère son armée de l’Ouest !

La voix tonnant de son oncle fit retourner la jeune fille et sans répondre, celle-ci observa anxieusement le visage de son oncle et parrain.
Comment pouvait-elle l’aimer et le haïr autant ? Il l’avait manipulée, trompée, dupée pour en faire sa créature et elle avait stupidement suivi cette force qui l’avait toujours protégée.
Il était inconcevable qu’il fût pour elle un danger ; pourquoi alors sentait-elle ses entrailles se contracter à cette seule vue de la silhouette imposante ?


-Vous m’avez bien pervertie, mon oncle, lança Isabelle pleine d’amertume.
Je me demande encore comment j’ai pu être aussi sotte.


-Arrête de rejeter la faute sur autrui, Isabelle. Il est temps de grandir !

La jeune fille détourna la tête pour étouffer un sanglot de rage. Qu’elle le détestait ! Elle le haïssait, lui en qui elle avait toujours placé sa confiance. Son parrain, son propre oncle, son sang l’avait trahie ; à ses yeux, rien ne comptait plus désormais que nourrir cette haine qu’elle sentait monter en elle. Mais une petite voix en elle ne cessait de lui souffler que Goubervier n’avait pas tort. Que tirait-elle de cette mésaventure ?

Il l’avait séduite par ses mots alambiqués alors que son esprit était encore malléable.
Il lui avait fait miroiter de fausses promesses, de faux résultats.
Elle l’avait cru, sottement, encore trop jeune pour comprendre la portée de ses actes. Il était temps de grandir.

Pourtant, combien de fois l’Histoire n’avait-elle été le témoin de telles trahisons ? Isabelle savait combien sa famille comptait de parjures et elle-même n’avait su s’en défier, aveuglée par son orgueil. La seule idée d’asseoir la puissance des Sérouville l’avait empêché de voir au-delà du voile d’apparences que lui tendait son oncle.
Serrant les dents, elle poussa son cheval loin de cette figure tant détestée et scruta à nouveau la plaine.
L’horizon se dégageait lentement et son cœur ne fit qu’un bond lorsqu’elle aperçu enfin les lignes sombres des soldats qui s’avançaient. Elle ne pouvait les distinguer, mais les devinait aisément et rien ne pouvait la faire espérer un peu plus. Son père tant aimé était là.


-Isabelle, va-t-en. Tu n’as pas à être témoin de cela.

La jeune femme se rappela la longe qui maintenait sa monture prisonnière des mains de son oncle. Elle ne pu que soupirer, s’enfonçant dans la forêt qui bordait la plaine.
Les deux mille soldats de l’armée de Galilée de Goubervier se tenaient là, rangés, ordonnés tel qu’il leur avait appris et inculqué. Sur leurs visages, l’impassibilité pouvait se lire, mêlé à un visible sentiment de retraite.
Combien de ces hommes allaient combattre contre leur roi sans en avoir le désir ? Combien d’entre eux avaient été embrigadés par les mêmes paroles que lui avait servies son oncle ?
Ce Youjak ne méritait plus de porter ce nom glorieux aux yeux de la jeune fille. Sérouville devait être digne et non traîné dans une boue impie telle qu’il le faisait.

Le sentiment d’impuissance restait étouffé par la résignation d’Isabelle et glissant le long des flancs de son cheval, mis pied à terre, encadrée par une petite garde rapprochée. Dehors, elle entendit le grondement de l’armée de l’Ouest qui s’avançait et bientôt, la voix d’Auguste de Sérouville résonna dans la plaine.


-Galilée ! Vous êtes mon frère et je rechigne à lancer sur vous mes armées tout autant que vous !

-Auguste, cesse de croire que je suis aussi faible que toi pour me contenter de paroles ! Lance tes hommes ! Le roi et le Conseil se rallieront au survivant !

Un silence accompagna ces paroles. Isabelle serra les poings le cœur battant, imaginant aisément son père pester contre la détermination de son aîné. Elle savait que son oncle restait ancré dans de vieilles valeurs guerrières et jusque-là, rien n’avait su le faire évoluer en diplomatie.

Isabelle observa vaguement ses mains tremblantes. Son père contre son oncle.
Le roi avait osé lancer le cadet à la suite de l’autre ; dans cette évidente volonté d’étouffer une famille trop indocile, il avait choisit de les confronter afin de perdre ces deux têtes s’il le fallait.

Un geste de Goubervier, relayé par son capitaine, mis en branle l’armée qui quitta le bois et se rangea derrière son général félon.
Tordant le cou, Isabelle ne pu qu’apercevoir le regard de son oncle dans sa direction et bientôt un soldat la retrouva.


-En selle, mademoiselle. Votre oncle vous veut finalement à ses côtés.

Isabelle jeta un regard noir à l’homme, avisa son oncle qui la fixait à nouveau et sans un mot, enfourcha à contrecoeur sa monture. Emmenée à la longe par le soldat, Isabelle retrouva l’ancien régent.

-Ma place n’est pas ici, mon oncle. Laissez-moi rentrer dans le bois.

-Tais-toi. Tu es mon faire-valoir, asséna sèchement l’homme. Goubervier se retourna vers Auguste dont le cheval piaffant piétinait le sol. A ses côtés, Isabelle reconnu la silhouette d’Olivier. Son cher frère était venu !

-Baisse les armes, Auguste ! Isabelle, ta fille, m’a suivi. Ne crains donc tu pas sa mort dans un combat inutile ?

Isabelle fusilla du regard son oncle, mais serrée de près par le soldat, maintenue par ce traître, aucun geste ne pouvait l’aider à se dégager.
Au loin, Auguste avait fait baisser les armes de ses capitaines dès l’apparition de sa fille. Celle-ci devinait la crispation de ses traits, la fermeté de ses gestes et tout le calme qui marquait la moindre de ses décisions.

Mais en un seul instant tout se brouilla, les sons et les images se mêlèrent en une fraction de seconde.
Goubervier avait tiré un pistolet de ses fontes, le bruit parti tel un claquement de fouet assourdissant. Coup sur coup, deux détonations retentirent en face et résonnèrent dans toute la plaine soudainement silencieuse. Le capitaine d’Auguste s’effondra, jeté à terre.

La vision d’Isabelle, les oreilles bourdonnantes, se brouilla alors. Que se passait-il ? Etait-ce-là l’effet d’une soudaine surdité ? D’une peur incontrôlable ? Elle tenta de reprendre son souffle, mais une douleur lancinante sous la poitrine l’empêcha d’inspirer. Elle sentait son cheval s’agiter sous elle, quelques cris d’hommes calmant l’animal, mais le bourdonnement s’estompa faisant place à un silence lourd et à cette douleur qu’elle ne sentait presque plus. Les yeux masqués par un voile, elle baissa instinctivement le regard et fixa, hagarde, la tache rouge qui s’étalait sur sa robe bleue.
Bientôt, les images, les sons la quittèrent et Isabelle glissa du cheval, tombant lourdement sur le sol humide.
Dans un dernier geste, elle tourna la tête vers la masse sombre gisant à ses côtés : le front transpercé d’une balle, Goubervier la fixait de ses yeux vides de toute expression.


-ISABELLE !

Le hurlement d’Olivier avait rompu ce silence macabre et ramené Isabelle dans ce monde. Elle haletait, à présent et entendit au loin de galop d’un cheval, ne prêtant plus aucun attention aux hommes qui s’agitait autours d’elle. Malgré ce voile sur ses yeux, elle vit bientôt le visage de son frère et sentit sa main agripper la sienne.
Dans ses larmes, un sourire forcé tenta de la rassurer, alors que d’une main il caressait son front déjà brûlant.


-Papa est hors de lui…il a failli étrangler de ses mains le capitaine Des Saules…ça va aller, Isa…surtout ne ferme pas les yeux, restes avec moi…ça va aller, ma petite sœur.

Mais prise par la douleur, malgré un sourire crispé, Isabelle se laissa bercer par la voix de son frère.
Dans son esprit, elle revoyait toutes ces images de son enfance, de cette adolescence mouvementée.




-Zabie, lève-toi !

Tirée d’un sommeil profond, l’enfant battit des paupières et observa étrangement le visage grave de son père. Combien de temps avait-elle dormi ? Sa sieste avait été bien courte ! Dans d’autres situations, elle eu sauté au bas de son lit, se jetant dans les bras de son père tant chéri, mais les traits fermés de celui-ci retinrent la petite Isabelle de le faire.

Elle leva ses grands yeux sombres vers lui, l’interrogeant du regard.

-Ta sieste est finie pour aujourd’hui, Zabie.

D’un geste, Auguste de Sérouville attrapa les petites chaussures de l’enfant et alors que celle-ci l’observait d’un regard encore endormi, il s’accroupit pour les lui lacer. Il se releva brusquement, tendit une large main à l’enfant qui l’agrippa et le suivi sans un mot hors de la chambre.

-Que se passe-t-il, papa ? Pourquoi Fanette n’est-elle pas venu me réveiller aujourd’hui ?

Auguste pressa un peu plus fortement la main d’Isabelle et stoppa sa marche en se tournant vers elle. Se baissant, il releva doucement le menton de la fillette de son index et plongea son regard dans le sien. Ce regard, seule la petite fille le connaissait : un regard d’une tendresse infinie, d’une contemplation d’un joyau inestimable. Tel était le sentiment qu’éprouvait Auguste à l’égard de sa petite fille. 7ans à peine et déjà se dessinait en elle le caractère qui forgeait la Maison des Sérouville ; elle se révélait volontaire, têtue parfois, décidant de ses propres initiatives, mais capable d’une grande générosité à l’égard des siens.

L’enfant se mordit la lèvre d’inquiétude face à ces yeux gris et battit des paupières innocemment.

-Qu’y-a-t-il, papa ?

-Ton oncle nous a quitté, Zabie, lâcha Auguste d’une voix grave.

-Oncle Galilée ?

Les yeux noisette de l’enfant se brouillèrent soudainement de larmes et sa lèvre inférieure trembla sous les sanglots qui montaient. Malgré son jeune âge, l’éveil de la petite fille lui faisait aisément comprendre la gravité de certaines situations. Les yeux posés sur ceux de son père, elle ne vit que le visage de son cher parrain qu’elle ne reverrait plus.
Mais Auguste avait passé son bras autours des épaules de l’enfant et serrant la petite fille contre lui, la rassura dans un sourire affectueux.

-Non, Isabelle. Ton oncle Louis.

L’enfant retint ses derniers sanglots, serrant ses petits bras autours du cou de son père. Celui-ci desserra l’étreinte et reprenant la main de sa fille dans la sienne, l’emmena dans le salon contigü.

-Viens, Olivier t’attends.

Isabelle trottina en reniflant derrière son père et à peine rentrée dans la pièce, se précipita sur la banquette sur son frère attendait sans un mot. Les pieds se balançant dans le vide, il n’osait regarder sa mère, sanglotant sur le fauteuil voisin.

Angélique de Sérouville, apercevant son époux, se précipita d’un geste désespéré vers lui, se laissant tomber dans ses bras.

-La…la corde a lâché, Auguste ! Il est tombé…écrasé….en bas….

Sa voix s’étouffa dans ses larmes, alors qu’interdits, les deux enfants n’osaient lever les yeux vers ce tragique tableau.

-Fanette, conduisez les enfants dans l’oratoire, ils y retrouveront leur cousin Philippe. La reine est incapable du moindre mouvement, son fils ne peut rester seul avec quelques domestiques.

La gouvernante sortit du coin où elle se trouvait et inclinant la tête vers le prince, attrapa la main des deux enfants pour les emmener vers leur cousin.

-Olivier, oncle Louis est vraiment mort ?

-Oui, Zabie.

-Nous ne le verrons plus jamais ?

-Non.

Les deux enfants échangèrent un regard triste et lâchant les doigts de Fanette, se donnèrent tous deux la main jusqu’à l’oratoire.

-Philippe doit être très triste, tu crois qu’il voudra nous parler ? Je suis sûre qu’il est encore fâché contre moi.

-Tu n’es pas obligée de lui parler, Zabie. De toute façon, il t’en veut encore d’avoir maintenu ton mensonge.

-Il m’a poussé à le faire ! Si je disais la vérité, je me serais faite gronder par papa.

-Mais tu sais que Philippe déteste tes mensonges.

-La prochaine fois, je te laisserais faire, Olivier. C’est facile pour toi, tout le monde te crois toujours !

La fillette fronça le nez, tandis que le frère levait les yeux au ciel en soupirant. Le tableau pouvait être comique si la situation n’était pas si tragique.

-Taisez-vous, tous les deux ! Ca n’est pas le moment de vous chamailler pour ces histoires ! Votre cousin a besoin de vous aujourd’hui, soyez gentils.

-Fanette, maman a parlé d’une corde ? Que s’est-il passé ?

La gouvernante baissa les yeux vers Isabelle et soupira devant une telle question. Après tout, ils apprendraient la vérité un jour, autant la leur dire maintenant, avant qu’ils ne l’apprennent édulcorée par les domestiques !

-Votre oncle était en randonnée sur le Mont du Miracle. La corde qui le retenait a cédé.

-Il est tombé ?

-Olivier, c’est une question à laquelle je vous laisse trouver la réponse par vous-même.

-C’est horrible, Fanette.

-Oui, Isabelle. Je vous défends tout deux d’en parler à votre cousin !
Les deux enfants hochèrent la tête silencieusement avant de pénétrer dans le petit oratoire sombre, éclairé par les uniques lueurs tremblotantes de deux chandelles.




-Isabelle ! Restes avec moi, je t’en prie !

La lumière se fit plus vive, les sons brouillés devenaient plus net. La nuit s’estompait à l’esprit d’Isabelle et un léger battement des paupières la ramena dans ce monde qu’elle n’avait pas quitté.
La douleur l’empêchait de respirer et la tenaillait sans accalmie. Aucune larme ne parvenait à sortir malgré les sanglots de douleurs de la jeune fille et la peur qui l’immobilisait. Elle ne sentait que les doigts d’Olivier sur son front. Le jeune homme décollait les mèches brunes collés par la sueur.

Elle ferma les yeux un court instant, essayant de calmer cette respiration haletante qui l’étouffait.


-Papa, parvint-elle à lancer dans un souffle ?

-Il est là, Zabie.

A quelques pas de la jeune fille, Auguste de Sérouville, un genou à terre, fermait les yeux de son frère d’une main tremblante. Nul ne pouvait déceler ce qui pouvait se passer dans l’esprit de ce prince froid aux yeux rivés sur ce visage cadavérique. Malgré les tensions qui ne cessaient d’agiter les relations fraternelles, Auguste ne pouvait accepter ce sort qui les frappait : son frère, son propre sang gisait à ses pieds. Lancé dans son ultime bataille, il avait payé de sa vie ses idéologies et sa soif de pouvoir.
Le roi. Le roi et son Conseil les avaient tous deux jetés l’un contre l’autre dans l’espoir d’une mort certaine. Comment lui, que la sagacité guidait, avait-il pu se laisser entraîner dans cette entreprise, sans en entrevoir le véritable but ?
La colère muette agita silencieusement les nerfs du prince. Son frère et à présent sa fille. Son unique fille.

Se retournant, il prit dans ses bras le corps de la jeune fille qui de nouveau avait sombré dans l’inconscience. Elle n’avait plus sept ans, mais il ne pouvait que la voir comme telle.
Sentant cette étreinte paternelle, Isabelle se laissa bercer, essayant d’oublier la douleur lancinante.





-Isabelle, Alexandrine de Rhuys-Sérouville, vous avez comparu devant ce tribunal afin de répondre aux accusations faites contre vous.

La jeune fille ne cilla pas lorsque la voix du juge Walpole retentit dans le tribunal bondé. Elle savait que le spectateurs s’entassaient sur les balcons, tentant d’apercevoir la moindre réaction de la part de la princesse.

-Isabelle de Sérouville, vous avez été accusée de crime de lèse-majesté, de haute-trahison contre votre pays et d’avoir provoqué la mort du premier ministre Jacques de Guise. Qu’avez-vous à dire avant que les jurés ne dévoilent leur décision ?

-Quels que puissent être les réels crimes que j’ai commis, quelles que soient les accusations portées contre moi, je n’ai agis et n’agirais que poussée par ma propre conscience ; jamais je ne la trahirais.

-Merci, mademoiselle. Maître Valois, vous représentez mademoiselle de Sérouville ici présente. Posez votre main sur cette Bible et prêtez serment.

Alors que l’homme s’exécutait, Isabelle rejoignait la barre avant de connaître la décision finale de ce procès.
Faisant à présent face à l’assemblée, elle dévisagea quelques secondes les visages rivés sur elle. Que pensait donc tout ce peuple de leur princesse ? Il devait la détester, la haïr peut-être. N’y’en avait-il pas un seul qui pu se réjouir de la disparition de ce ministre fantoche ?
Le cœur serré, Isabelle ressassait les noms de ceux qui étaient tombés. Elle pourrait se relever grâce à son nom et à sa position, mais combien de ces comploteurs ne pourraient revenir sur les terres françaises ?

Ses yeux se posèrent sur le visage de Martin Savary et Isabelle sentit son estomac se contracter. Leur passion adolescente avait été si vive, si réelle ! Jamais elle n’avait pu imaginer se voir ainsi trahie, salie, traînée dans la boue par le jeune homme. Elle avait placé en lui son entière confiance, à présent bafouée.

Leurs deux regards se croisèrent et en un instant tous ces souvenirs heureux remontèrent à la surface, ignorant les efforts qu’Isabelle fournissait depuis près d’une semaine pour les oublier. Leur rencontre hasardeuse, les fugues de la jeune fille pour aller le retrouver en plein cœur de la ville, ses promesses pour l’avenir de Martin…tout cela s’était évaporé à l’instant-même où il avait décidé de la trahir, telle une vulgaire comploteuse.

Si elle tombait aujourd’hui, Martin pouvait dès à présent regretter son geste. Si elle était sauve, il ne se passerait pas une seule journée sans que la jeune femme lui rappelle leur passion brisée. Elle ne s’en prendrait jamais à ce qu’il avait construit ou à ce qu’il projetait de faire dans cet avenir proche ; elle ne voulait pas le détruire, elle ne voulait que lui rappeler combien la trahison, basse et vile, pouvait être rancunière et n’admettait aucun pardon.

Cette rancune masquerait les derniers soubresauts des sentiments qu’elle ressentait, alors que le visage de Martin se détournait d’elle. Le cœur lourd, elle reporta son regard sur celui, sévère, du juge Walpole.
Etait-ce son imagination, ou le juge la fixait avec une intensité particulière ? Elle détourna les yeux et par dépit, laissa glisser son regard sur ses mains.

Elle ne chuterait pas. Sa famille pouvait cacher des preuves ! Son père avait lui aussi un jour mené ses propres batailles contre le roi et aujourd’hui le jeune Philippe l’avait à ses côtés. Son oncle Galilée avait été lavé de tout soupçons, pourquoi n’avait-elle pu bénéficier de ces falsifications ?

Perdue dans ses pensées, Isabelle avait un court instant quitté le tribunal. Toujours levée, ce fut la voix du juge qui la tira de ses songes.

-…jurés, prononcez votre verdict.

-A l’accusation de crime de lèse-majesté, l’accusée est déclarée non-coupable. A l’accusation de haute-trahison, l’accusée est déclarée non-coupable. A l’accusation d’avoir provoqué le suicide de Jacques de Guise, l’accusée est déclarée non-coupable.
Aucune preuve présentée ici n’a su convaincre les jurés de la culpabilité de mademoiselle de Sérouville. Son implication dans ce complot reste trop peu précise pour que nous puissions nous fier aux témoignages donnés.


-Isabelle de Sérouville, je vous déclare non-coupable de ces accusations. Vous êtes entièrement libre.

La jeune fille du se retenir à la barre pour ne pas se laisser glisser dans le fauteuil. Elle ne sentait que son cœur battre de plus en plus vite et toute cette pression accumulée s’envoler en une seule seconde.
Elle était libre. Complètement libre, lavée de toute accusation ! Elle, si coupable ! Elle, l’âme de ce complot ! Elle qui avait tant œuvré pour la démission du ministre ! Elle était libre.

Olivier avait écarté la foules qui se pressaient pour sortir et sous les huées des spectateurs serrés sur les balcons, la jeune fille s’engouffra derrière son frère dans les couloirs plus calmes du tribunal.

-Olivier ! Je suis libre !!

Les jumeaux s’étreignirent un court instant, brisé par le jeune homme. Ce visage ferme, sévère, Isabelle le connaissait suffisamment pour ne pas répliquer.

-Zabie. J’espère que cela te servira de leçon. Cesse les intrigues, cesse de faire entièrement confiance à oncle Galilée ! Il se perdra et t’emmènera dans sa chute ! Je ne veux pas te le faire promettre, Zabie, mais je veux que tu fasses attention. S’il te plaît.

La voix douce de son frère ne pouvait que convaincre Isabelle. Mais dès que le visage de l’oncle apparu dans l’embrasure de la porte, les résolutions de la jeune femme s’estompèrent. Comment ne pas suivre ce parrain si convaincant, si aimant ?
Savait-elle à cet instant que dans quelques mois tous deux seraient frappés, gisant sur la terre humide de l'Orne?




-Appelez mon chirurgien, vite !

La voix d’Auguste de Sérouville gronda dans les couloirs du palais, brisée par une porte claquée.
D’un geste, il déposa la jeune fille inanimée sur le lit et se précipita à nouveau dans les couloirs pour presser les domestiques.


-Dépêchez-vous, que diable ! Ma fille meurt sous vos yeux, qu’attendez-vous, un curé ?! Apportez du linge, de l’eau chaude et surtout, mon chirurgien !

Un brouhaha suivit la voix tonnante du prince alors qu’il retournait au chevet d’Isabelle. La tâche sombre s’étalait à présent sur tout le ventre de la jeune fille, donnant à la blessure un aspect plus grave encore.
La poitrine se soulevait doucement sous les battements pourtant faible du cœur et déjà sur le front perlait quelques gouttes de sueur. La fièvre montait insidieusement, pouvant emporter la jeune fille bien trop rapidement.

La porte s’ouvrit brusquement, laissant entrer une Fanette échevelée, se jetant presque aux pieds de la princesse. Le visage blême, son regard s’arrêta sur la tâche béante et la gouvernante se signa, les larmes aux yeux.


-Il ne faut pas qu’elle meurt, monsieur ! Il ne faut pas !

Auguste releva doucement la femme qui s’affala sur un fauteuil en sanglotant. Les jumeaux étaient pour elle comme ses propres enfants. Elle les avait vu grandir, s’épanouir, prendre leurs propres chemins. Elle avait veillé sur eux lorsque la maladie les affaiblissait ; elle les avait grondé, cajolé, consolé.
Aujourd’hui, l’un d’eux gisait sur ce lit et dans son imagination fertile, elle voyait déjà ce spectre de la mort tourner autours du corps d’Isabelle.

Il fallait qu’elle vive ! Elle avait encore tant de choses à connaître de ce monde ! Elle devait réparer tant de gestes inconsidérés ! Son avenir se traçait devant elle, elle ne devait pas partir maintenant !


-Fanette, allez cherchez sa mère, s’il vous plaît.

Hochant une tête tremblante, la gouvernante se leva péniblement et se glissa jusqu’à la porte.

-Papa…

La voix faible de la jeune fille serra un peu plus le cœur du prince, dont les doigts se crispèrent autours de la main d’Isabelle.

-Zabie…je suis là. Tout va bien se passer. Ca va aller. Pense à tout ce qui va venir, Zabie ; reste avec moi, d’accord ?

-Papa…j’ai mal…

La jeune fille déglutit difficilement sous la douleur qui la lançait continuellement. Elle ne voulait que sombrer à nouveau dans ces inconsciences, ne plus rien sentir que ces sentiments passés. Il suffisait qu’elle ferme les yeux.



-Félicitations, Zabie !

-Olivier, un mot de plus et….

-Et ? Tu serais incapable de me le lancer à la figure, ma Zabie !

La jeune fille fronça le nez et retourna à son jeu de croquet, ignorant les ronds de jambes de son frère autours d’elle. Il prenait un malin plaisir à l’agacer, dans le seul but de la déconcentrer. Le regard noir, elle manqua magnifiquement son coup et se redressant, pointa un doigt accusateur sous le nez d’Olivier.

-Rien n’est encore fait, d’accord ? C’est juste un projet, Olivier ! un PRO-JET !

-Des fiançailles ? Un projet ? Tu sembles douter de la ténacité de maman, Zabie. Papa est déjà presque convaincu !

-Papa ne me fera jamais épouser un homme que je n’aime pas !

Olivier étouffa un gloussement et le regard ravi, se planta en face de sa sœur, appuyé sur le maillet de croquet.

-Ose avouer en me regardant dans les yeux que tu n’as absolument aucune affection particulière pour César de Dunnoye.

Isabelle toisa son frère le regard furieux, mais ses joues prirent une vive teinte rosée.

-Ce….c’est faux ! Et je n’ai pas à te l’avouer ou non.

-Dis-le, Zabie.

-Non.

-Alors j’en déduis que cette chose-là bat un peu plus fort quand tu le vois…

D’un geste taquin, Olivier avait posé son doigt sur la poitrine de la jeune fille, qui le repoussa d’un geste avant de tourner le dos à son frère, boudeuse.

-Tu ne peux rien me cacher, Zabie…

-Pourquoi me poses-tu donc la question ?

Isabelle s’était retournée et jeta un regard boudeur à son frère. Olivier s’approcha de la jeune fille et lâchant son maillet à terre, passa son bras autours de ses épaules, la serrant contre lui.

-Pour te taquiner, ma chère sœur. Car je sais exactement ce qui se passe ici lorsque tu penses à Dunnoye.

Il appuya sur index sur le front d’Isabelle qui le jeta un sourire en coin.

-Bien. Admettons que j’ai…que je l’apprécié un peu.

-Beaucoup.

-Plus qu’un simple ami, point.

-Accepte donc ces fiançailles, Isabelle. Ou préfères-tu un obscur prince italien ?

La jeune fille haussa les épaules dans une moue silencieuse.

-Il m’agace, Olivier. Tu te dis taquin, mais il est bien pire. Je ne souhaites en aucun cas subir ces railleries toute ma vie.

-Il te taquine, car je suis certain qu’il ne te déteste aucunement, bien au contraire !

-Que veux-tu dire ?

Isabelle leva un sourcil inquisiteur, mais d’un geste Olivier avait ramassé le maillet de croquet et rendait le sien à sa jumelle.

-C’est à mon tour, je crois, lança-t-il avec un regard mystérieux.




-Olivier ?

La voix de sa sœur attira le jeune homme vers le lit ; s’asseyant sur le bord de l’épais matelas, il passa une main sur le front rafraîchit de la jeune fille. Faible, son regard s’était néanmoins rallumé et un léger sourire se dessinait sur son visage encore pâle.

-Je suis là, Isabelle.

-Que s’est-il passé, Olivier ? Je ne me souviens que de la plaine, d’oncle Galilée.

Ses yeux s’embrumèrent au souvenir de la vision macabre et elle chercha instinctivement la main de son frère, comme un ultime soutient pour ne pas sombrer à nouveau. La douleur s’était atténuée, les images se faisaient bien plus nettes ; elle ne voulait pas quitter cela à nouveau.

-La balle n’a pas poursuivi sa route très loin. Le médecin de papa a pu l’enlever sans dommage. Repose-toi, Isabelle.



1874 – Paris

-Il y a une chose que je tire de ce qui m’est arrivé, Olivier, dit un jour Isabelle, alors que le coche roulait sur les pavés de Paris.

-De ne plus te mêler de politique ?

-Non, de raisonner par moi-même, de suivre mes propres idées et non plus celles des têtes pensantes de notre pays. Chacun tire toujours la couverture à soi, cela ne mènera jamais le royaume sur un terrain stable.

Le garçon rit de ses courtes paroles, ignorant l’éclair furieux de sa sœur.

-Notre cousin serait heureux de te l’entendre dire !

-Bien au contraire ! A sa place, je me méfierais un peu plus, surtout si cela vient de la bouche de sa petite cousine !

Isabelle jeta un regard railleur à son frère, avant de soulever le coin du rideau masquant les fenêtres. Les rues animées restaient pour elle comme une fascination. Elevée dans son carcan doré, jamais elle ne pourrait profiter de ces rues, de ces petites boutiques de tissus et rubans, ou de cette boulangerie dont l’odeur s’imaginait aisément. Plusieurs fois, elle poussait Eugénie de Baroeul à la suivre dans une épopée longuement imaginée, mais la jeune fille s’était toujours défilée au dernier instant.

-Tu es une trouillarde Eugénie ! Ces gens ne vont pas nous reconnaître ! Et s’ils y parvenaient, qu’est-ce que nous pourrions risquer ?!

Mais le visage plus candide d’Eugénie prenait le dessus sur les volontés téméraires d’Isabelle et jamais les deux jeunes filles n’avaient pénétré dans l’antre de Paris. Seule cette amie si chère pouvait posséder un tel ascendant sur la jeune princesse. L’une et l’autre se complétaient, se poussaient sur un chemin commun qu’elles choisissaient avec soin.
Petites filles, enfants, adolescentes et à présents au seuil de l’âge adulte, toutes deux avaient partagé les mêmes jeux, des bêtises mutuelles, jusqu’aux premiers secrets amoureux.
Rien ne filtrait dans ces deux esprits pourtant si différents.


-Sais-tu qu’Eugénie t’as donné raison ?

-A quel propos ?

-Concernant Philippe. Elle m’a conseillé de cesser ces piques…elles n’ont pourtant rien de cruel !

-Ne lève pas les yeux au ciel, Zabie ! Tu es insupportable lorsque tu décrètes avoir raison ! Philippe n’est pas aussi insensible que toi et regrette cette situation.

-T’en a-t-il parlé ?

-Parfois, oui.

La jeune fille détourna à nouveau son regard vers les rues. Mieux valait changer de sujet. Elle détestait ces leçons de morales couvertes sous les mots agréables d’Olivier.

-Tu ne t’es jamais imaginé tout ce que nous pouvions faire, si nous abattions un jour tous nos atouts ?

Olivier fronça les sourcils et observa le manège de sa jumelle.

-Par exemple tout ce peuple parisien. Il est à mes pieds depuis que je suis cette martyre du régent félon. Un geste, un mot et je suis certaine que plus de la moitié de ce peuple parisien me suivra.

La voix rêveuse d’Isabelle ne pouvait qu’inquiéter son frère, mais celle-ci éclata d’un rire frais et se tourna vers lui, croisant son regard inquisiteur.

-Ne fais pas cette tête, Olivier ! Je n’en n’ai aucunement l’intention ! J’ai failli laisser ma vie dans ces complots politiques, il serait temps que je te rejoigne dans la réhabilitation de notre famille dans l’esprit populaire.

Elle lui lança un sourire taquin et se penchant vers lui, lui embrassa furtivement la joue.

Il y avait un an, Isabelle de Sérouville oscillait entre la vie et la mort après avoir suivi dans sa révolte le « Youjak », traître à son pays.
Ce soir, parée de ses plus beaux atours, elle s’apprêtait à se présenter à un peuple qui aujourd’hui ne la voyait comme victime de machinations politiques.


-Bon anniversaire, Isabelle.

-Bon anniversaire, Olivier.

Posant sa fine main dans celle de son frère, la jeune femme respira longuement. Sa vie reprenait un cours délaissé depuis de nombreuses années.



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La plus grande ambition n'en a pas la moindre apparence
lorsqu'elle se rencontre dans une impossibilité absolue
d'arriver où elle aspire.
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Isabelle de Sérouville - de l'art de l'Ambition
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